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N. B. Liste complète des livres recensés

 

Viens, sois ma lumière

Confessions d'une religieuse

L'eau et la terre me parlent d'ailleurs

Le courage de changer

Transmettre le flambeau

Revenir à la maison ce soir

Quelle est la grandeur de ton Dieu?

Le Christ philosophe

Le shack

Jeanne Jugan, Le Désert et la Rose

Nelligan, Le spasme de vivre

Vivre

Promenades à Québec

Une autre île d'Orléans

Réjean Thomas, médecin de coeur et homme d'action

38 ans derrière les barreaux

Je n'aurai pas le temps

« Appelez-moi Pops »,

De la difficulté d’évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin (Confession d'un cardinal)

Félix Leclerc

Le Royaume Caché

Confession d'un cardinal

Jésus de Nazareth

Lucille Teasdale, Docteure Courage

Le petit monde de Saint-Anselme

Benoît XVI, le dernier pape européen

Le don de vieillir

Une place à part entière

Mandela

Au coeur du monde

Des mots d'ados

Étonnante Église

Le don du temps

Raconte-moi une histoire

Le pari du coeur

Miséricorde

L'insoumis de Nazareth

Au nom de Jésus

Sous le soleil de la pitié

L'abbé Pierre parle aux jeunes

Charles de Foucauld

Anges et démons

Mon Dieu... pourquoi?

Par-delà l'automne

L'enfant de Noé

Oscar et la dame rose

L'avorton de Dieu

Chemin de contemplation

Da Vinci Code

Entrer dans le mystère de Jésus

Guetter l'aurore

Journal de la dernière année

Lazare

Lettres à Dieu

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran

Parler d'amour au bord du gouffre

Paul de Tarse

Les plaisirs de l'amitié

La Réconciliation

Retour de l'enfant prodigue (Le)

 

Mère TERESA, Viens, sois ma lumière, Les écrits intimes de « la sainte de Calcutta », Lethielleux 2007, 446 pages.

Ce livre a une histoire bien particulière. Il reproduit et commente les écrits intimes de Mère Teresa, ses lettres à ses conseillers spirituels, à ses évêques, à ses supérieurs, etc. Ces écrits nous dévoilent ce qu’il y avait de plus profond dans le cœur de cette âme de feu, ce qui la faisait vivre, ce qui la faisait souffrir également.

Mais ce qui est encore plus particulier, c’est qu’à plusieurs reprises elle enjoint à ses correspondants de ne pas publier ses écrits et même de les détruire. Malgré cette injonction non respectée, les divers correspondants ont décidé de publier ses écrits, sans doute à cause de leur luminosité, de leur transparence, de leur richesse. Mais on reste quand même surpris qu’ils aient enfreint la volonté expresse de la sainte.

Mère Teresa est une femme de foi intense. Et, même si elle traverse des nuits de doute terribles, même si elle vit des ténèbres qui l’écrasent, elle professe un amour total et infrangible envers le Seigneur. Elle est convaincue que le Seigneur l’appelle à travailler comme une pauvre auprès des plus pauvres et c’est avec une ténacité peu commune qu’elle va insister auprès des autorités pour qu’elle puisse fonder sa communauté des Petites Sœurs des Pauvres.

Mère Teresa brûle littéralement d’amour pour le Seigneur. Et, comme tous les amoureux, elle s’engage envers son amoureux de façon qui apparaît folle à ceux qui la regardent et la lisent. Ainsi, elle est prête à aller en enfer si telle est la volonté de son Seigneur (p. 41). Ainsi, elle fait un vœu de soumission totale chaque jour au Seigneur sous peine de péché mortel, sachant « que le péché mortel conduit à l’enfer si on ne s’en repent pas «. Ces engagements me font penser à la chanson d’Édith Piaf dans son Hymne à l’amour : « Le ciel bleu sur nous peut s'effondrer Et la terre peut bien s'écrouler Peu m'importe si tu m'aimes Je me fous du monde entier », C’est ainsi que parlent et agissent les fous d’amour. Ce n’est pas différent pour Mère Teresa face à son Seigneur.

Le livre montre à la fois la force et la faiblesse de cette femme follement amoureuse du Seigneur et des plus pauvres parmi les pauvres, ce qui, pour elle, est du pareil au même. Il montre l’extrême prudence que les autorités ecclésiastiques exercent envers une personne voulant fonder une communauté voulue par le Seigneur.

Il faut de la patience pour le lire cependant. Il est quelque peu répétitif et les commentaires « spirituels » ajoutés aux lettres de la sainte témoignent d’une spiritualité plutôt de moine que d’une personne fortement engagée dans le monde.

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2 février 2010

Sœur EMMANUELLE, Confessions d’une religieuse, Flammarion 2008, 409 pages

Qui ne connaît pas Sœur Emmanuelle? Nous l’avons vue et entendue moultes fois à la télévision française. Nous avons reconnu son franc-parler, son affirmation claire de sa foi et de son amour pour les pauvres, surtout pour les enfants.

Ici, Sœur Emmanuelle nous livre, sans détours et sans retenue, son autobiographie, avec ses attentes, ses luttes, ses échecs, ses joies et ses souffrances. Étant jeune, elle avait un appétit féroce pour les beaux garçons, appétit qu’elle a eu bien du mal à canaliser et qui finalement s’est transformé quand elle est entrée en communauté religieuse et surtout qu’elle s’est donnée entièrement aux pauvres des bidonvilles d’Égypte, du Soudan, du Liban et d’ailleurs.

Organisatrice hors pair, femme de foi, tenace dans ses projets, amoureuse folle des enfants de misère, elle n’hésite pas à chercher de l’aide partout où elle peut en trouver. Et, comme elle est convaincue et convaincante, les œuvres se mettent à fleurir.

À sa manière, c’est une autre Mère Teresa.

Il faut lire ce livre qui nous montre les ombres et les lumières de cette femme qui se « confesse » publiquement, de cette ardente missionnaire, de cette infatigable travailleuse auprès des plus pauvres de ce monde, cette brûlée d'Évangile.

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27 novembre 2009

L’eau et la terre me parlent d’ailleurs

André BEAUCHAMP, L’eau et la terre me parlent d’ailleurs, Une spiritualité de l’environnement, Novalis 2009, 220 p.

André Beauchamp est bien connu pour ses écrits et sa compétence sur l’environnement. Ici il dépasse la simple problématique écologique pour esquisser et proposer une véritable spiritualité de l’environnement.

Abordant au départ la crise qui nous frappe et après une réflexion sur la vie, il médite sur la création, l’expérience spirituelle et sur la symbolique du sacré. Il reprend ensuite ce qui « habite » notre planète : l’eau, l’air, le sol, l’arbre et l’être humain. Pour chacune de ces « composantes », il développe une problématique écologique, une approche symbolique, une approche religieuse et spirituelle et enfin un regard sur la tradition judéo-chrétienne.

Le livre se lit facilement. Il fait preuve de la grande connaissance de l’auteur tant du point de vue écologique que du point de vue spirituel. Il est à l’occasion agrémenté de contes, de poèmes, de légendes, ce qui ajoute une couleur particulière à l’écrit.

À lire par quiconque veut faire un bon tour d’horizon sur la question écologique actuelle et y trouver éventuellement une spiritualité de l’environnement.

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17 octobre 2009

Le courage de changer

Mgr Charles VALOIS, Le courage de changer, Novalis 2009, 228 p.

Le directeur littéraire de Novalis, monsieur Yvon Métras, a eu la brillante idée de demander à l’évêque émérite de Saint-Jérôme, monseigneur Charles Valois, de rédiger sa biographie. Déjà à la retraite au presbytère de Sainte-Thérèse, l’évêque a profité de la collaboration de Paul-André Giguère.

Mgr Valois a imprimé sa marque de différentes manières tant dans l’Église que dans la société québécoise. Formé par l’Action catholique dès son plus jeune âge, il a toujours su analyser les situations, notamment celles à caractère social, et il a su prendre les décisions qu’il fallait au nom de l’Évangile. C’est ainsi que, comme recteur du tout nouveau collège Lionel-Groulx, il a été impliqué dans la « rébellion » des étudiants des années 1968-1974. De même, il a été appelé à intervenir dans la crise d’Oka et dans l’expropriation des terres de Mirabel. Il l’a fait avec courage et en se tenant debout comme un vrai leader sait le faire.

De même, au niveau ecclésial, il a fait une large place aux laïcs dans l’administration et la pastorale des paroisses. Il a instauré le diaconat permanent. Il a favorisé l’émergence de nouveaux mouvements apostoliques et spirituels dans son diocèse, favorisant ainsi ce qu’il appelle fort joliment et fort justement une « Église communionnelle ».

Mgr Valois aimait beaucoup l’Église et particulièrement l’Église de Saint-Jérôme dont il était le premier pasteur. Il aimait également beaucoup les gens dont il était le berger. Homme d’action, homme de pensée et de vision également, monseigneur Valois s’était spécialisé en histoire et en Bible, ce qui lui donnait une compétence reconnue et une autorité incontestée auprès des divers intervenants auxquels il avait affaire.

Il faut le remercier de nous avoir donné cette autobiographie pleine d’espérance et de courage évangéliques.

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13 juillet 2009

Transmettre le flambeau

Transmettre le flambeau, Conversations entre les générations dans l’Église, Fides 2009, 203 p.

Ce livre, petit mais grand au niveau du contenu, a voulu engager un dialogue entre des aînés et de jeunes universitaires à propos de l’Église. Sous la direction de Marco Veilleux, les « aînés » Hélène Pelletier-Baillargeon, Jacques Grandmaison et Élisabeth J. Lacelle écrivent à trois jeunes Jean-Philippe Perreault, Caroline Sauriol et Marco Veilleux qui leur répondent. Une conclusion-postface est tirée par Anne Fortin.

Le contenu, très riche, ne se résume pas facilement. Voici, en vrac, ce que j’ai retenu de cette mosaïque qui donne à réfléchir et à agir. D’abord un grand amour de l’Église, amour qui reste fidèle à la mère qui a enfanté les auteurs à la vie de foi, mais amour également qui ne manque pas de courage et de lucidité pour la questionner notamment dans son institution et dans certaines de ses prises de position. Cet amour se traduit par des cris du coeur qui, au fond, sont des cris d’amour mais aussi de souffrance, de tristesse également : la place de la femme dans l’Église, le rôle donné aux laïcs, l’attention aux divorcés remariés, aux homosexuels, aux démunis, etc., le repli « restaurateur » de l’institution romaine depuis Vatican II (on a «fermé les fenêtres si largement ouvertes par Jean XXIII » et on a « ligoté la parole »); le dialogue oecuménique et interreligieux, l'importance de la transmission des valeurs évangéliques, etc.

D’autres traits de la mosaïque ont attiré mon attention et inspiré ma méditation : il n’est pas possible de maintenir une vie de foi communautaire sans institution (Grandmaison); je ne peux passer sous silence la dimension d’insoumission, d’indignation même, résumée par l’importance de la dissidence dans l’Église (Pelletier-Baillargeon); j’ai particulièrement goûté la très belle réflexion-méditation sur l’être baptisé de Lacelle, reprise ensuite par Veilleux; je retiens comme une invitation évangélique pressante l’importance des petites semences dans le terreau ecclésial (Grandmaison) qui m’ont fait penser à L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono si bien illustrée par Frédéric Back; je souligne également l’importance du prophétisme dans l’Église toujours menacé de crise; enfin je retiens que l’Église, c’est d’abord la communauté des croyants et non pas l’institution. Si j’avais un souhait à exprimer, ce serait que j’aurais aimé qu’on parle davantage et plus explicitement des pauvres (le texte de Sauriol et de Veilleux les mentionnent heureusement et les divorcés remariés, les homosexuels, etc., en sont d’une certaine manière), ces pauvres qui sont, selon la belle expression de Jean Vanier, les « racines de l’arbre de l’Église » : personnellement je ne crois pas qu’on puisse « construire » l’Église sans eux.

On sent chez les aînés, je le répète, un amour profond de l’Église, amour enraciné dans une méditation constante de l’Évangile et alimenté par une action tout aussi constante. Chez les jeunes, le même amour se manifeste par le désir de prendre bien en mains le flambeau que les aînés leur tendent, flambeau dont chacun veut maintenir la flamme bien allumée.

Une petite restriction au niveau de la forme. Si certains articles sont faciles à lire, d’autres véhiculent encore trop le vocabulaire universitaire : je n’en veux pour exemples que les mots posture, recherche identitaire, raison instrumentale, et j’en passe. À cet égard, je souligne avec tristesse le texte dense mais difficilement abordable de la postface (Anne Fortin) Comme il est difficile, pour certains scientifiques, de traduire en langage simple des vérités vitales qui seraient si nourrissantes et utiles si elles étaient mises à la portée de tous! Cela dit, je pense bien que ce livre vise un auditoire ayant une certaine formation théologique et pastorale.

Je veux enfin dire un grand merci aux différents auteurs et à la maison Fides qui a eu le courage de publier ces réflexions : elles traduisent, faut-il le répéter, une vitalité de foi magnifique et un amour profond de l’Église.

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11 juillet 2009

Revenir à la maison ce soir

Henri NOUWEN, Revenir à la maison ce soir, Bellarmin 2009, 165 p.

Qui ne connaît pas Henri Nouwen? Auteur de plusieurs ouvrages de spiritualité fort populaires, enseignant dans trois grandes universités américaines, puis pasteur de l’Arche Daybreak de Toronto, il nous livre ici la substance d’un atelier qu’il a dirigé autour du fameux tableau de Rembrandt, Le retour de l’enfant prodigue.
Nouwen avait déjà écrit un ouvrage sur ce tableau de l’Ermitage qui l’a fasciné et a bouleversé sa vie. Cette fois-ci ce sont deux proches collaboratrices qui ont consigné les travaux de l’atelier qui nous livrent le fruit de la recherche de Nouwen.

Le livre se lit bien quoique on n’y retrouve pas directement le style de Nouwen. On y retrouve cependant le parcours spirituel de l’auteur, parcours prenant ses racines dans sa vie familiale, notamment dans sa relation à sa mère scrupuleuse et à son père autoritaire. On y retrouve également l’incessante recherche affective de Nouwen. Il montre comment il est passé d’une première solitude à une seconde pour finalement aboutir à l’amour inconditionnel et infini du Seigneur.

Il souhaite, c’est le but de l’atelier, que le lecteur s’identifie à chacun des personnages du tableau, au fils prodigue mais aussi à l’aîné et surtout au père plein de bonté.

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11 juillet 2009

Quelle est la grandeur de ton Dieu?

Paul COUTINHO, Quelle est la grandeur de ton Dieu? Bellarmin 2009, 162 p.

Paul Coutinho est un jésuite indien. Il écrit avec sagesse et humour. Sous certains aspects, il rappelle un autre auteur indien, Anthony de Mello, que nous avons eu tant de plaisir à lire.

À travers des histoires, des fables, des faits réels, Coutinho nous fait découvrir la vraie grandeur de Dieu. Il le fait également à travers diverses images inspirées de la Bible. Il reprend divers visages de Dieu comme le Dieu agréable, le Dieu de la finitude, le Dieu de la perfection, le Dieu de la loi. Il montre comment, évangéliquement parlant, on passe de la charité à la compassion. Il insiste beaucoup sur l’importance de la recherche de sens dans sa vie. Il débusque certaines idées toutes faites comme l’importance d’être gentil avec tout le monde, comme le besoin de l’approbation de tous, etc.

Le livre, fait de courts chapitres, se lit bien. Il est écrit de façon originale et il ouvre l’esprit à des horizons parfois peu connus ou tout au moins peu perçus. Il souffle sur le lecteur un courant d’air frais, qui n’est rien d’autre que le souffle de l’Évangile.

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27 avril 2009

Le Christ philosophe

Frédéric LENOIR, Le Christ philosophe, Éditions France Loisirs 2007, 339 p.

Frédéric Lenoir est un spécialiste des religions. Dans ce livre passionnant, il survole avec brio l’histoire du christianisme. J’ai retenu particulièrement deux de ses conclusions.
D’abord le Christ a largement inspiré ce qu’on appelle aujourd’hui « les droits de l’homme » : liberté, égalité et fraternité. Et, sans le savoir peut-être et même en s’en défendant, la Charte des droits de l’homme doit beaucoup à Jésus. De même on n’a pas idée de ce que la « civilisation laïque », à laquelle certains prophètes tiennent tant, doit beaucoup à la liberté prônée par le Christ : « Loin d’avoir perdu la bataille des idées, le message évangélique imprègne bien plus qu’on ne le croit nos sociétés laïques et sécularisées... »
Deuxièmement, l’auteur tant dans son introduction que dans sa remarquable étude sur la rencontre de Jésus avec la Samaritaine n’hésite pas à dire : « Je crois que Jésus entendait moins fonder une nouvelle religion que libérer l’être humain du poids des traditions religieuses, quelles qu’elles soient, en mettant l’accent sur la liberté individuelle et l’intériorité de la vie spirituelle » (introduction) et «... la voie spirituelle chrétienne redevient aujourd’hui en Occident davantage affaire d’individus touchés par la personne de Jésus et par sa parole que de dogme et de piété collective. »
Ces conclusions ont de quoi interpeller les tenants de la religion et aussi faire rêver tous ces jeunes, et moins jeunes, qui se fabriquent, à même l’esprit du Christ, une religion « personnelle ». Sa réflexion, outre qu’elle tente de démontrer la véritable intention du Christ en s’incarnant relativise la place et le rôle des religions chrétiennes instituées.

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9 avril 2009

Le Shack

W. Paul YOUNG, Le Shack, Le jour 2009, 333 p.

Ce livre a une histoire peu banale. Destiné d’abord aux membres de la famille de l’auteur et à quelques amis et connaissances, le bouche à oreille a tellement bien fonctionné qu’aujourd’hui le livre en est rendu à quatre millions d’exemplaires aux États-Unis, qu’il vient d’être traduit en français et qu’il le sera en plusieurs autres langues et même que l’auteur et ses éditeurs songent à en faire un film.
Comment expliquer un tel engouement du public pour cet écrit?
Commençons par raconter un peu l’histoire. L’auteur, prénommé Mack dans le livre, est un père et un époux heureux. Durant une fin de semaine, sa femme va suivre une session d’étude à l’ouest de l’Orégon pendant que Mack et ses enfants vont camper dans un paysage enchanteur de l’est du même État. Un événement terrible se produit alors : sa petite fille, Missy, est enlevée et tuée par un ravisseur d’enfant. On retrouve sa robe ensanglantée dans un shack au fin fond des montagnes. Revenu à la maison, en proie à un Grand Chagrin, Mack reçoit, par un verglas à ne mettre personne dehors, surtout pas le facteur, une lettre sans timbre et signée « Papa », nom dont sa femme appelait Dieu. Or, Papa l’invite à se rendre au shack en question pour une fin de semaine. Il hésite beaucoup à y aller, mais finalement, intrigué par cette lettre bizarre, il se décide. Il fera alors une rencontre qui le marquera pour le reste de sa vie, la rencontre de Dieu. Dieu est ici Trinité, comme dans la foi chrétienne, mais très particulière, très incarnée. Dieu converse, mange, va à la pêche, marche sur l’eau, avec Mack, et surtout l’instruit sur le mal et la souffrance dans le monde, sur la nature de la vie après la mort et du ciel, sur la vie de Missy maintenant, etc. Bref, Mack passe un weekend merveilleux qui changera sa vie à jamais. Il en sortira heureux et transformé. Et il sentira le besoin de communiquer ce qu’il a vécu à ses proches. On sait la suite.
L’engouement des lecteurs, comment l’expliquer? Je pense que le livre de Young répond à une soif de spirituel bien présente chez beaucoup de nos contemporains et particulièrement chez les Américains, profondément religieux. Le livre souligne également, par cette conversation et ce compagnonnage de Dieu avec Mack, cette proximité que Dieu veut entretenir avec les humains, proximité qui ne peut que correspondre à bien des désirs et des besoins des mêmes humains. À cet égard, le livre répond aux aspirations de bien des personnes.
Cela dit, le livre soulève bien des questions. L’auteur, en postface, souligne que son livre est une fiction, mais, du même souffle, affirme que sa rencontre avec Dieu est authentique. Ce livre me fait penser aux Conversations avec Dieu de Neale Donald Walsh, livre tellement populaire qu’il a écrit par la suite Conversations avec Dieu pour les adolescents, etc. Ce qui ressort de ces livres, ceux de Walsh et également de Young, c’est qu’ils traduisent les idées personnelles des auteurs en matière de spiritualité et de foi. Ils contiennent beaucoup de bonnes choses, comme par exemple, la conception d’un Dieu-Amour, proche des humains, bien loin de les juger et de les condamner, compatissant à leurs souffrances, et les invitant à aimer le prochain, particulièrement les plus faibles, etc. Là où les questions se posent, c’est la véracité de la rencontre des auteurs avec Dieu, c’est aussi, particulièrement dans le cas de Young, la conception très particulière de la Trinité divine.
Il reste que le livre de Young est fort bien écrit, se lit facilement et captive l’attention, même si la partie, la plus longue, des dialogues avec Dieu prend parfois une allure fortement didactique, professorale, et « sent » un peu trop la pensée de l’auteur plus que celle de Dieu.
En conclusion, si on lit ce livre, fort populaire actuellement, sachons le lire avec un certain recul critique et sachons également le confronter avec notre propre foi.

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3 avril 2009

Éloi LECLERC, Jeanne Jugan, Le Désert et la Rose, Desclée de Brouwer 2000, 90 p.

Éloi Leclerc est bien connu par ses écrits sur François d’Assise. Il a toujours manifesté une préférence marquée pour les pauvres, les petits de ce monde, rejoignant en cela l’Évangile lui-même. Il n’est pas étonnant qu’il ait rédigé cette courte biographie de Jeanne Jugan, fondatrice des Petites Soeurs des Pauvres.
La vie de cette bretonne, curieusement, montre des ressemblances frappantes avec Esther Blondin, la fondatrice des Soeurs de Sainte-Anne. Comme elle, elle a été évincée de son poste de Supérieure de la Congrégation par un aumônier qui a pris toute la place. Comme elle, elle a été confinée dans un rôle effacé, dans le silence, dans l’effacement.
Le Père Leclerc ne s’arrête pas à la surface de la vie de Jeanne Jugan. Il décrit brillamment son aventure intérieure, son ascension vers la sainteté. À cet égard, le parcours spirituel de Jeanne peut en inspirer plusieurs qui, pour toutes sortes de raisons, sont ignorés ou même rejetés alors qu’ils auraient droit, normalement, à une reconnaissance bien méritée. Mais le Seigneur demeure le vrai reconnaissant et les personnes qui lui font confiance atteignent la vraie grandeur qui dépasse de beaucoup bien des « grands » de ce monde et de l’Église.

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27 mars 2009

NELLIGAN, Le spasme de vivre

André VANASSE, Nelligan, Le spasme de vivre, XYZÉditeur

C’est un peu par hasard que je suis tombé sur ce livre à la bibliothèque municipale. Ayant entendu parler de ce poète québécois et ayant écouté son magnifique poème Ah! que la neige a neigé, mis en musique et interprété par Claude Léveillée, j’étais intéressé à mieux le connaître.
Émile Nelligan est né à Montréal d’un père irlandais et d’une mère québécoise. Malgré bien des tentatives de scolarité dans les meilleures institutions de Montréal, il n’aimait pas les études et se plaisait plus dans la rêverie et la poésie. Il lut et relut les Parnassiens, les Romantiques français et fréquenta des cercles littéraires et des littéraires de la métropole.
Un grand amour blessé, Ilse, l’inspira beaucoup. Mais il ne se remit pas de la mort subite de sa bien-aimée. Il sombra dans une neurasthénie dont il ne sortit jamais. Poète de génie, difficilement satisfait de ses écrits qu’il recommençait sans cesse, grand émotif, coeur passionné, homme de douleurs, il avait tout ce qu’il fallait pour devenir un grand poète mais aussi un malade mental.
On lit sa biographie, fort bien écrite par Vanasse, avec un pincement au coeur et avec beaucoup d’estime et d’admiration pour cet enfant riche et pauvre à la fois.

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18 février 2009

VIVRE

Harold GAGNÉ, Vivre, Libre Expression 2008, 270 p.

Le 6 décembre 1989, un tireur fou, Marc Lépine, abattait quatorze jeunes étudiantes à l’école Polytechnique de Montréal. Dix-neuf ans plus tard, grâce à la plume du journaliste Harold Gagné, la mère de Marc décide de briser le silence et de se raconter. Je dis bien « se raconter » parce qu’elle ne fait pas simplement exprimer ce qu’elle a vécu à l’occasion de cette tuerie mais elle « déplie » sa vie du commencement jusqu’à aujourd’hui. Son livre aurait pu s’intituler Les confessions de Monique Lépine.
En effet, madame Lépine raconte sa vie en faisant confiance au lecteur et en toute liberté. Elle ne cache pas les difficultés qu’elle a éprouvées comme religieuse, comme infirmière, comme épouse, comme mère de deux enfants difficiles. Elle souligne son retrait de la religion durant vingt ans pour finalement se tourner du côté de l’Église Nouvelle Vie de Longueuil où elle a trouvé un accueil et un réconfort qui lui ont fait beaucoup de bien. Elle décrit également le long chemin qu’elle a dû parcourir pour se débarrasser de la culpabilité qui l’assaillait et pour reprendre un itinéraire de liberté et de prise en mains.
Le livre est d’abord centré sur elle et non pas sur son fils. Il s’agit effectivement d’un biographie de la mère et non du fils. Témoignage pathétique et touchant au cœur d’une vie loin d’être toujours facile.
Harold Gagné, dont c’est le premier livre, a réussi le tour de force de faire parler madame Lépine à la première personne, comme si c’était elle qui rédigeait son autobiographie.
À l’heure où le film Polytechnique passe sur les écrans de nos cinémas, ce livre peut aider à la compréhension de certains drames humains qui défient l’imagination.

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17 décembre 2008

Promenades à Québec

Pierre CARON, Promenades à Québec, VLB éditeur, 2008, 210 p.

Voici un petit livre savoureux. Pierre Caron, dans un langage simple, émaillé, et agréable, nous sert de guide, de compagnon, de visite de la ville de Québec, si chargée d’histoire, d’art, de culture, si attachante et si pittoresque.
En des chapitres courts, il nous décrit différentes places, différentes rues, différents monuments et édifices. On pourrait partir avec ce livre sous le bras et découvrir petit à petit la ville de Québec plus profondément qu’en simple touriste mais sans pour autant s’enfoncer dans des recherches fastidieuses et lourdes. Caron l’a fait pour nous.
Si vous connaissez Québec, vous vous reconnaîtrez dans ce livre intéressant. Sinon, vous apprendrez pas à pas à connaître cette ville unique.

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2 novembre 2008

Une autre île d’Orléans

Jean O’Neil, Une autre île d’Orléans, récits, Libre Expression, Montréal 2006, 238 p.

Dans ce livre savoureux, Jean O’Neil nous présente l’île d’Orléans d’une manière bien personnelle et peu ordinaire. C’est à travers des personnages de l’île, des villages, des églises, des métiers, qu’il nous fait découvrir l’île, ses rivages, sa mer, son pont et surtout ses « néo-natifs » qu’il oppose aux « étrangers » venus s’établir sur cet « hippopotame » qui dort au milieu du fleuve.
Ce livre se lit comme un roman et son auteur nous fait aimer cette île patrimoniale. Si vous avez déjé visité l’île, vous allez facilement reconnaître bien des endroits décrits par O’Neil. De plus, l’auteur a une plume savoureuse, imagée, vivante, ce qui ajoute de l’agrément à la lecture.
À lire par ceux qui aiment l’île et par les autres qui découvriront cette perle du Saint-Laurent.

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10 octobre 2008

RÉJEAN THOMAS, Médecin de coeur, homme d’action

Luc BOULANGER, Réjean Thomas, Médecin de coeur, homme d’action, Les Éditions Voix parallèles, Montréal 2008, 235 p.

Le docteur Réjean Thomas est bien connu. Sa clinique L’Actuel à Montréal soigne des milliers de patients atteints de maladies transmises sexuellement (MTS) et notamment du sida. Fondateur de la section montréalaise de Médecins du Monde, il est reconnu pour son humanisme à travers le monde. Excellent communicateur, il est régulièrement invité par les médias pour donner son opinion sur diverses questions d’actualité.
Le journaliste Luc Boulanger nous présente une biographie, simple mais bien étoffée, de cet homme aux multiples facettes. La simple énumération des titres des différents chapitres de son livre nous en donne une bonne idée : l’enfant, le médecin, le combattant, l’idéaliste, l’humaniste, le rebelle, le mondain, l’ami, l’acadien. L’auteur a le grand mérite de faire parler le docteur régulièrement, ce qui rompt la monotonie qu’aurait pu engendrer une simple biographie du personnage.
Le docteur Thomas apparaît comme un homme vrai et libre. C’est un travailleur à temps plein. Il aime la vie et par-dessus tout aime les gens, particulièrement ceux que la vie a blessés, qu’ils vivent à Montréal ou en Haîti ou ailleurs dans le monde. Le sous-titre du livre le décrit fort bien : médecin de coeur et homme d’action.

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1er octobre 2008

38 ANS DERRIÈRE LES BARREAUX

France PARADIS, 38 ans derrière les barreaux, L’histoire du père Jean, Novalis 2008, 150 p.

Le Père Jean, André Patry de son nom de famille, fut aumônier du Centre de détention de Montréal, communément appelé Bordeaux, durant 38 ans. Il faut le faire!!
Je connais bien André pour l’avoir rencontré dans les nombreuses réunions d’aumôniers de prison alors que j’étais moi-même aumônier à St-Hyacinthe et à Cowansville. Je suis également allé quelques fois visiter certains de mes « paroissiens » transférés à Bordeaux et, par la même occasion, j’ai rencontré le Père Jean dans son bureau. Je garde un excellent souvenir de son accueil chaleureux et fraternel et de sa disponibilité à toute épreuve.
Le livre, rédigé par une amie d’André et bénévole à Bordeaux, France Paradis, rend bien compte à la fois de la personnalité exceptionnelle du Père Jean et du milieu carcéral particulier où il a œuvré durant toutes ces années. André est un être à la fois fort et fragile, courageux et déterminé, grand croyant et grand espérant. C’est surtout un être passionné... de Dieu, des gens qui croisent son chemin et particulièrement des détenus. C’est un grand amoureux : l’Évangile et divers témoins qu’il a rencontrés lui ont fait découvrir, de façon absolue et irréversible, que Dieu est Amour, qu’Il aime tout le monde de façon inconditionnelle et particulièrement les blessés de la vie et d’une manière toute spéciale ceux qu’on montre souvent du doigt comme des pécheurs publics. Son ministère pastoral auprès des personnes incarcérées le démontre éloquemment : durant ces 38 années, il s’est employé, avec sa personnalité et son charisme particuliers, à être le témoin ardent de cet amour du Seigneur. C’est ce qui lui a permis de poursuivre cette tâche pastorale unique avec tant de conviction et de succès.
L’auteure de cette biographie, France Paradis, est, on le sent bien, une grande admiratrice et amie du Père Jean. Elle a su nous communiquer non seulement cette admiration mais aussi cette image biblique fondamentale d’un Dieu-Amour qui s’est si bien incarné dans la personne de ce pasteur hors du commun.
Ce livre est à lire non seulement pour découvrir la personnalité d’André et mieux connaître le milieu carcéral et les personnes qui l’habitent, mais surtout pour approfondir et peut-être même modifier notre regard sur Dieu.

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7 août 2008

JE N’AURAI PAS LE TEMPS

Hubert REEVES, Je n’aurai pas le temps, Seuil 2008, 345 p.
Qui n’a pas entendu à la radio ou à la télévision le célèbre astrophysicien Hubert Reeves? Qui n’a pas lu l’un ou l’autre de ses livres ou de ses articles dans les journaux locaux?
Parvenu à un âge vénérable, il a décidé de rassembler ses souvenirs et de nous raconter sa vie, sa famille, ses amours, ses travaux scientifiques, ses émotions aussi et son idée sur la religion. L’auteur a une plume facile et agréable même quand il traite de sujets scientifiques. C’est un excellent vulgarisateur. Il parle avec clarté et franchise, n’ayant rien à cacher ni à perdre. C’est un homme attachant qui, même a quatre-vingts ans, n’a rien perdu de la fraîcheur de sa pensée et de son émerveillement devant les beautés et les richesses de l’univers.
À lire. Pour nous émerveiller nous aussi et nous pâmer devant l’immensité et la complexité de l’univers tout autant que de découvrir un chercheur qui n’a jamais cessé d’être passionné par la nature.

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10 juin 2008

De la difficulté d’évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin

Oscar Rodriguez MARADIAGA, De la difficulté d’évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin, Robert Laffont 2008, 295 p.

Le Cardinal archevêque de Tegucigalpa, Honduras, Oscar Rodriguez Maradiaga, est tout un personnage. Il parle couramment cinq langues et joue de cinq instruments de musique. Il fait du conditionnement physique durant une heure tous les matins : il n’a pas de troubles de cœur ni de tension artérielle. On le disait papable au dernier conclave qui a élu Benoît XVI. C’est un pasteur qui n’a pas la langue dans sa poche ni les mains dans le dos : il parle, il annonce l’évangile et dénonce les abus des gouvernements en place et des riches, il met sur pied des organismes de défense des femmes de son pays, d’aide aux démunis de son peuple. Il intervient régulièrement sur les tribunes internationales pour promouvoir le développement des peuples des pays émergents ou des tiers et quart-mondes, car pour lui le nouveau nom de la paix c’est le développement. C’est un prophète des temps modernes, un homme qui n’a pas peur de se mouiller au nom de sa foi au Christ.
Cet homme hors du commun a été interviewé par Eric Valmir. Et le compte-rendu de ces entrevues a été réuni dans un livre clair, courageux et puissant, qu’il faut lire absolument. La pensée et l’action de ce pasteur, tout centré sur l’Évangile et l’amour de Dieu, de l’Église et des gens particulièrement des plus pauvres, est une véritable inspiration non seulement pour les pasteurs d’aujourd’hui mais aussi pour les chrétiens et même les non-chrétiens, en somme pour toute personne qui a à cœur le développement des peuples, le bien des personnes et la paix tant dans le cœur des gens que dans le monde.

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1er juin 2008

FÉLIX LECLERC, Filou, le troubadour

Marguerite PAULIN, Félix Leclerc, Filou, le troubadour, XYZéditeur, Montréal 1998, 181 p.

Voici une biographie de Félix à la fois simple et complète. De plus, elle est écrite au « je », même si l’auteure n’est pas notre troubadour québécois. Cette façon de raconter donne à la vie de Félix un ton personnel, presque confidentiel, qui rend la lecture d’autant plus intéressante.
Félix se raconte depuis les débuts dans la ville de LaTuque qu’il a aimée, depuis sa famille, son père qui tenait un magasin général et sa mère qui lui répétait qu’il avait une âme de poète. Puis, c’est le travail dans les stations de radio, notamment de Radio-Canada, les premiers écrits (contes, fables, nouvelles, théâtre), les amitiés en particulier avec Guy Maufette. Arrive dans la vie une femme, Andrée, avec qui il aura un enfant, Martin.

Mais c’est Canetti, le grand imprésario français qui lui ouvre toutes grandes les portes de Paris puis de la France et, en même temps, de la renommée. Félix raconte brièvement sa rupture avec Andrée et sa nouvelle vie avec Gaétane, avec qui il aura deux enfants, Francis et Nathalie. Félix est croyant, cela se voit presque à toutes les pages, mais sa foi est individualiste. Enfin, il prend racine à l’île d’Orléans qu’il chantera dans son fameux Tour de l’Île, son testament spirituel et patriotique.

Cette biographie nous fait aimer ce poète de chez nous, cet écrivain, ce chansonnier, et nous donne le goût de le lire et de l’écouter encore davantage.

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1er juin 2008

LE ROYAUME CACHÉ

Éloi LECLERC, Le Royaume Caché, Desclée de Brouwer 1987, 225 p.

Éloi Leclerc est connu principalement pour ses oeuvres nous faisant connaître et aimer saint François d’Assise. Les personnes qui ont lu Sagesse d’un pauvre, Exil et tendresse ou Le retour à l’Évangile, connaissent bien ce franciscologue compétent et attachant.
Ce qu’on sait moins de cet auteur, c’est qu’il a été interné dans un camp de concentration nazi durant la dernière guerre. Son séjour dans cet enfer l’a amené à se poser principalement deux questions qui sont toujours d’actualité : le problème du mal dans le monde et le silence de Dieu devant ce mal. Sa réflexion l’a amené à relire les évangiles. C’est le résultat de sa réflexion et de sa relecture qu’il nous donne dans Le Royaume Caché.
L’écriture coule de source, la lecture est relativement facile et surtout la réflexion nous permet de mieux saisir le dessein de Dieu en envoyant son Fils en notre monde : s’approcher de nous pour nous manifester la tendresse du Père. Ce livre, qui date déjà d’une vingtaine d’années et que j’ai déniché en faisant le ménage de ma bibliothèque, est rafraîchissant et surtout il donne ou maintient l’espérance aux jours où il fait sombre dans notre vie et où Dieu se tait.

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3 mai 2008

Confession d'un cardinal


Olivier LE GENDRE, Confession d’un cardinal, JC Lattès 2007, 413 p.


Olivier Le Gendre est bien connu pour sa connaissance de l’Église, du Vatican, etc. Son livre Lettre aux successeurs de Jean-Paul II (Desclée de Brouwer 2002) a connu un bon succès et témoigne de sa compétence en matière de papauté et d’Église. Voici qu’il récidive, si l’on peut dire, avec sa Confession d’un cardinal.
Concernant l’authenticité du cardinal, des questions se posent : s’agit-il d’un cardinal bien réel, ou de plusieurs cardinaux regroupés sous un seul chapeau cardinalice évidemment, ou d’une astuce littéraire de l’auteur, inventant un personnage pour exprimer de façon moins lourde ce qu’il veut dire sur l’Église? Pour ma part, je suis porté à répondre plutôt affirmativement à la troisième question.
Peu importe la véracité du cardinal en question, il reste que l’auteur nous amène à une réflexion riche, large et profonde, sur les grandeurs et les difficultés de l’Église du passé mais surtout du présent et du futur. Il n’évite pas les questions même délicates comme le génocide au Rwanda ou la pédophilie aux États-Unis. Il nous fait pénétrer, par l’intérieur, dans le monde de la papauté, des conclaves, des personnalités des Papes précédant immédiatement Benoît XVI : Paul VI, Jean-Paul II.
Le livre est, en général, fascinant à lire même s’il comporte quelques longueurs et si les dialogues entre l’auteur et le cardinal n’échappent pas à une certaine artificialité due au procédé littéraire adopté par Le Gendre. Il faut noter les belles descriptions que fait l’auteur de divers lieux visités par le cardinal et son interlocuteur, comme les jardins du Vatican, la Place St-Pierre, le Palais des Papes à Avignon, sans oublier les restaurants de Rome. La partie qui m’a personnellement le plus intéressé et touché est la visite de divers endroits très pauvres, mal famés même, où la charité chrétienne, discrètement et humblement, s’épanouit comme une petite fleur dans le jardin de l’humanité et de l’Église.
Voilà donc un livre qui instruit, qui pose de bonnes questions, qui fait réfléchir et qui, en bout de compte, nous fait comprendre et aimer davantage l’Église.

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3 mai 2008

Jésus de Nazareth


Joseph RATZINGER, Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Connaître et comprendre Jésus, Flammarion 2007, 429 p.


Au premier abord, ce livre se présente comme doublement intéressant puisqu’il parle de Jésus et que son auteur est le Pape en personne. Benoît XVI, dans l’avant-propos, parle de ce livre comme le fruit d’un long cheminement et de la fréquentation de nombreux auteurs qui ont écrit sur Jésus. Il parle de ce livre comme « la première partie » d’un ouvrage qui, on le suppose, en comportera au moins une deuxième. De fait, la première partie s’arrête pratiquement à la Transfiguration du Seigneur, n’abordant pas encore la passion, la mort et la résurrection du Christ.
Benoît XVI nous présente le fruit de ses lectures, de ses recherches et de ses méditations, peut-être aussi de ses cours universitaires. Ses références nombreuses à d’autres exégètes, notamment allemands et français, qu’il critique au passage en positif et en négatif, le laissent entendre. L’allure quelque peu académique de la réflexion, semblable à celle d’un scholar, alourdit parfois le texte et rend la lecture plus aride. De plus, la pensée allemande se déplie d’une manière plutôt circulaire. façon à laquelle l’esprit français formé au culte de la pensée claire est moins familier.
Cela dit, le livre contient de fort belles choses non seulement sur le plan intellectuel mais surtout au plan spirituel. Pour ma part, j’ai particulièrement apprécié les réflexions sur le Notre Père et les commentaires de trois paraboles de Luc (le bon Samaritain, les deux frères et le père miséricordieux, le riche et le pauvre Lazare).
La grande question qui sous-tend tout le livre, le Pape l’exprime ainsi : « Qu’est-ce que Jésus a vraiment apporté, s’il n’a pas apporté la paix dans le monde, le bien-être pour tous, un monde meilleur? » Et la réponse du Pape est à la fois simple et immense : « Il a apporté Dieu. »

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27 avril 2008


LUCILLE TEASDALE, Docteure Courage


Deborah COWLEY, Lucille Teasdale, Docteure Courage, XYZÉditeur, Montréal 2007, 195 p.


L’histoire de Lucille Teasdale relève presque des récits épiques. Cette femme, née dans l’est de Montréal, décida un jour qu’elle serait médecin et médecin chirurgien. Après de brillantes études à l’Université de Montréal, elle poursuit sa recherche à Paris. Elle rencontre un milanais, Piero Corti, médecin lui aussi, qui rêve de fonder un hôpital ou plutôt un complexe hospitalier en Afrique. Il convainc Lucille de le suivre. Cette décision fut pour elle un tournant important dans sa vie et dans sa carrière.
Ils s’installèrent en Ouganda avec des moyens de fortune. Mais, à force de courage, de créativité et d’opiniâtreté, ils finirent non seulement par créer le fameux complexe rêvé mais aussi à organiser une école pour Africains et Africaines. Le rêve des époux Corti était, en effet, que l’hôpital puisse être complètement géré par des autochtones.
Établis à Lacor, en Ouganda, ils se marièrent et eurent une petite fille, Dominique. Ils eurent à subir les affres de plusieurs guerres civiles et aussi le régime du fameux Idi Amin Dada. Lucille travaillait au bloc opératoire une dizaine d’heures par jour. Rien ne l’arrêtait. Son courage n’avait d’égal que son désir de venir en aide aux malades qui affluaient à l’hôpital.
C’est à cette époque que le VIH fut identifié. Elle fut atteinte du sida qu’elle contracta sans doute en opérant des soldats rebelles. Il arrivait que, même avec des gants, elle se coupait au contact des os brisés maculés de sang. Elle n’en continua pas moins, avec courage et ténacité, a faire son travail de chirurgienne en y mettant d’infinies précautions. Elle mourut à soixante-sept ans après dix ans de lutte contre le sida.
Sa renommée s’étendit en Afrique mais aussi au Canada et dans le monde. Cette femme, croyante, fut une grande bienfaitrice de l’humanité en plus d’être un modèle de courage face à l’adversité et à la maladie.

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3 mars 2008

LE PETIT MONDE DE SAINT-ANSELME

Michel DAVID, Le petit monde de Saint-Anselme, Guérin, Montréal 2003

Michel David est un merveilleux conteur en plus d'être un excellent connaisseur du monde rural des années 40-50. Ici il nous raconte l'histoire de quelques familles, et plus largement d'un petit village près de Drummondville, Saint-Anselme, d'une paroisse du diocèse de Nicolet.

Jean Bergeron, qui vit dans un petit logement à Montréal et qui n'a plus de travail à cause de la crise économique qui sévit, décide de retourner à Saint-Anselme pour cultiver la terre. Il part avec sa famille et fait vite connaissance avec les voisins. L'entraide entre voisins est monnaie courante. Les mariages aussi. Les familles nombreuses fournissent autant de bras pour les divers travaux des fermes et pour les unions entre les jeunes. Le curé Desmeules veille aux bonnes moeurs.

C'est une vraie fresque de la vie des campagnes de cette époque que David nous peint. Il le fait avec un sens de l'observation remarquable, avec une fine psychologie aussi et avec beaucoup d'amour. On sent qu'il aime ces gens et ce coin de pays.

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Benoît XVI, Le dernier pape européen

10 septembre 2007

Bernard LECOMTE, Benoît XVI, Le dernier pape européen, Perrin 2006, 163 p.

Bernard Lecomte a une carte d'écriture journalistique impressionnante : ancien chef de service é.tranger de La Croix, reporter à l'Express et rédacteur en chef du Figaro Magazine. Sa biographie de Benoît XVI, fortement documentée, se lit facilement. L'auteur suit Benoît XVI depuis sa naissance en Bavière jusqu'aux Journées Mondiales de la Jeunesse à Cologne et au Synode sur l'Eucharistie.

Il nous décrit un Ratzinger ressemblant sur certains points à Jean-Paul II dont il veut assurer la continuité et dont il était un ami et confident. Il nous le montre également comme plus timide que son prédécesseur. Grand amateur de livres, penseur, théologien, chercheur et professeur avant tout, il s'est rapidement adapté à sa nouvelle fonction de pape-pasteur. Homme de la continuité historique, il déplore la césure entre le missel latin et le missel en langue populaire, il insiste sur le dialogue oecuménique. Homme d'écoute et de dialogue, il demande l'avis de ses proches et d'experts avant de se prononcer sur une question importante. Comme Jean-Paul II, c'est un Pape avant tout européen qui a beaucoup à coeur que la « nouvelle Europe » ne perde pas ses racines chrétiennes et qui préfère que la Turquie fasse le pont entre l'Europe et l'Asie plutôt que de faire partie de l'Europe.

L'auteur pense que Benoît XVI sera le dernier pape européen, le prochain conclave préférant élire un pape venant d'Amérique latine, d'Afrique ou d'Asie.

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4 août 2007

Le don de vieillir

Pierre VAN BREEMEN, Le don de vieillir, Les impulsions de saint Ignace, Bellarmin 2006, 135 pages

Pierre Van Breemen est un jésuite allemand bien connu pour ses écrits spirituels. Ici il nous donne ses réflexions sur le vieillissement qu'il considère comme un don. Notons, en passant, qu'on vieillit à tout âge mais qu'on a l'habitude de parler du vieillissement comme la dernière étape de la vie. Cette étape est à la fois un résumé, une synthèse de toute la vie, et un processus. C'est un temps où on fait le bilan de sa vie et où on se prépare pour l'éternité. C'est le temps de l'action de grâce, des pardons à donner et peut-être à recevoir, des gens qui nous accompagnent durant cette période de notre vie.

La préface est signée du Père Benoît Lacroix, dominicain nonagénaire mais toujours vert. Savoir vieillir, c'est apprendre l'attente et la dépendance en même temps que le silence et la solitude, la gratitude et l'humour même.

Ce petit livre, plein de sérénité et d'espérance, fera du bien aux personnes qui traversent cette étape de la vie et aussi à celles qui les accompagnent dans ce voyage.

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20 avril 2007

Une place à part entière

Normand PROVENCHER, Une place à part entière, Novalis 2007, 173 p.

Normand Provencher, Oblat de Marie-Immaculée et professeur de théologie à l'Université St-Paul d'Ottawa, vient de publier un petit livre courageux sur la place des divorcés remariés dans l'Église. Il avait déjà montré un certain courage avec son livre Trop tard? où il s'interrogeait sur l'avenir de l'Église particulièrement au Québec.

Ce qui guide l'auteur dans ces deux livres, c'est à la fois un amour certain de l'Église et une fidélité toute aussi certaine à l'Évangile. Il manifeste dans Une place à part entière, un désir profond de venir en aide à un bon nombre de divorcés remariés qui ne trouvent pas entièrement leur place dans l'Église actuelle. L'auteur pose la question : est-il possible, tout en respectant l'indissolubilité sacramentelle du mariage, d'en arriver à admettre les personnes engagées dans un second mariage aux sacrements de la réconciliation et de la communion eucharistique? Il le fait avec honnêteté, franchise et une certaine audace qui rappellent celles de Jésus face aux nombreuses prescriptions de la Loi juive de son temps.

Ce livre ouvre des horizons, pousse à la poursuite de la recherche. Il donnera sûrement de l'espérance à toutes ces personnes qui ont vécu l'échec d'un premier mariage et qui se sont engagées, de façon responsable, dans un second mariage.

L'auteur, en annexe, reproduit une partie de l'Exhortation apostolique Familiaris Consortio de Jean-Paul II sur les tâches de la famille chrétienne dans le monde d'aujourd'hui. Il suggère également un certain nombre d'ouvrages pour continuer la réflexion.

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4 avril 2007

Mandela

Mike NICOL, Mandela, Le portrait autorisé, Acropole 2006, 356 p.

Un livre magnifique, on ne peut rien dire de plus. Magnifique dans sa présentation : grand format, photos superbes, papier glacé, présentation graphique remarquable. Magnifique dans son contenu qui raconte, ni plus ni moins, la libération du peuple auquel appartient Mandela. Magnifique enfin par son personnage central : Mandela, entré dans l'histoire comme un libérateur de peuple, comme un exemple de ténacité et d'amour des gens mais surtout de la liberté et de la paix.

Il faut parcourir ce livre lentement, s'attarder aux photos, lire et relire les citations de Mandela lui-même et les nombreux témoignages sur sa personne, s'émerveiller de la façon pacifique mais têtue, surtout aimante, que Mandela a prise pour libérer son peuple.

Ce livre fait du bien. Il nous montre qu'au coeur du péché du monde, car c'est bien de cela qu'il s'agit, il y a encore des personnes capables de s'élever au-dessus de la fange humaine pour y chercher ce qu'il y a de bon, de vrai, de pur, et de l'amener à la vie et à la joie d'un peuple et du monde.

À lire absolument et à donner en cadeau tout autant.

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4 avril 2007

Au coeur du monde

Joan CHITTISTER, Au coeur du monde, Regard spirituel sur le monde d'aujourd'hui, Bellarmin 2006, 213 p.

Joan Chittister est une moniale bénédictine américaine. Le livre publié chez Bellarmin est, en fait, une traduction de In the Heart of the Temple (United Tribes Media Inc., New York). Cette religieuse, bien connue aux États-Unis, à l'instar du moine cistercien Thomas Merton, ne reste pas les bras croisés dans son monastère. Sa contemplation de femme retirée du monde la projette dans ce monde qu'elle parcourt pour dénoncer ce qui n'est pas conforme à l'Évangile et pour précisément annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus.

Son livre, s'il est à certains moments un véritable coup de poing évangélique, est surtout un cri d'une disciple inconditionnelle de Jésus, un cri d'amour du Christ en même temps que de tous les humains de ce monde. Son regard sur notre monde se veut spirituel et il l'est certainement. Comme l'Évangile pris au sérieux, il est parfois dérangeant et pour ce monde et pour notre Église.

Chittister nous fait réfléchir, entre autres sujets, sur la place du sabbat dans la tradition juive, sabbat qu'elle réinterprète en parlant du dimanche qui devrait être un jour consacré au Seigneur, au repos, à la prière et à la réflexion. Elle nous interpelle sur la bonne intendance de la création que nous gaspillons à grands coups d'insouciance. Sa réflexion sur la sainteté est aussi originale qu'actuelle, aussi questionnant qu'évangélique. Comme femme et comme religieuse, elle questionne fortement notre Église qui, à ses yeux, ne fait assez de place aux femmes et qui, finalement, oublie trop « la moitié de l'humanité ». Elle interpelle également, comme Américaine, sans ménagement, l'administration de Washington qui cultive plus ses intérêts que ceux de la nation et du monde.

Un livre décapant. Un livre dérangeant. Un livre courageux aussi, du courage même de l'Évangile. Un livre prophétique comme il nous en faudrait encore plusieurs pour nous libérer de notre inertie et de notre inconscience, et surtout pour nous faire retrouver le véritable souffle qui animait Jésus lui-même quand il questionnait les autorités de son temps et qu'il exerçait magnifiquement sa miséricorde envers les mal pris de ce monde et les pécheurs de toutes espèces.

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18 mars 2007

Des mots d'ados

Étienne GAUDET, Des mots d'ados, Les Éditions de l'Homme, Collection Parents d'aujourd'hui 2006, 159 p.

Ce livre, très actuel, présente les différents problèmes que vivent des adolescents et les gens qui les entourent, d'abord les parents, bien sûr. Il présente ces situations sous formes de lettres que les ados écrivent à différents intervenants dans leur vie. Les titres de ces lettres sont d'ailleurs assez évocateurs. Il vaut la peine de les citer : lettre à une mère surprotectrice, à un père violent, à un père abuseur, à une mère alcoolique et toxicomane, à un frère toxicomane, à des parents divorcés, à une mère négligente, à une soeur rivale, à une amie dépressive, à une amie anorexique, à un ami délinquant, à un professeur, à un policier, à une amie suicidaire, à un père joueur pathologique, à l'enfant que j'aurai, à ma gang, à tous ceux qui me rejettent, à mes parents adoptifs, à mon père macho et homophobe, à mon intervenant, à ma blonde.

Ce qui ajoute beaucoup d'intérêt à ce livre, c'est que ces lettres d'ados sont toutes suivies d'une réponse de ceux à qui ils écrivent. On voit donc les deux points de vue, et celui de l'envoyeur et celui du destinataire. En plus, à la fin de chaque deuxième lettre, l'auteur propose des questions aux parents et formule une courte réflexion sur le problème évoqué dans la lettre de l'ado.

Enfin, en dernière partie du livre, une foule de ressources (sites internet, organismes divers, livres, etc. ) sont énumérées et brièvement décrites qui peuvent aider les divers intervenants, notamment les parents, auprès des adolescents, par exemple : surprotection parentale, violence parentale, abus sexuels, consommation d'alcool et de drogue, négligence parentale, rivalité dans la famille, problèmes alimentaires, justice, loi et délinquance, services de police, jeu pathologique, grossesse à l'adolescence, rejet, taxage et intimidation, adoption, orientation sexuelle, ordres professionnels québécois, relations amoureuses à l'adolescence.

L'auteur est psychoéducateur et intervenant en toxicomanie auprès des adolescents et de leurs familles. Il connaît son métier et surtout on sent qu'il aime les jeunes et leurs proches. Il produit ici un livre bien présenté, facile à lire et d'une grande utilité pour quiconque est jeune et s'intéresse aux jeunes.

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23 février 2007

Étonnante Église

Gregory BAUM, Étonnante Église, L'émergence du catholicisme solidaire, Bellarmin 2006, 230 p.

Gregory Baum n'est pas le dernier venu en théologie. Il ne l'est pas non plus en oecuménisme. Il signe ici une oeuvre fort intéressante en même temps que très enthousiaste. Ce qui a provoqué l'étonnement joyeux et reconnaissant de l'auteur, c'est la capacité extraordinaire qu'a l'Église de tenir compte des « signes des temps » dans son enseignement. Cette expression, « signes des temps », vient en ligne droite du Christ qui reprochait aux pharisiens et aux sadducéens de ne pas savoir précisément lire ces « signes ». (Matthieu 16, 3) Cette expression fut, si l'on peut s'exprimer ainsi, remise à la mode par le regretté Jean XXIII, notamment à l'occasion du Concile. Le Pape parlait alors des « signes des temps » comme parole de Dieu pouvant permettre à l'Église un « aggiornamento », une « mise à jour » constants.

C'est cette capacité qu'a l'Église de lire les signes des temps et de les traduire dans son enseignement qui a émerveillé Baum. Dans son livre, il explore particulièrement cette « capacité » pour les droits de la personne, la présence rédemptrice de Dieu dans l'histoire, l'option préférentielle pour les pauvres, la culture de la paix, le pluralisme religieux. De toutes ses réflexions, il conclut qu'au-delà du « versant sinistre de la modernité », le magistère change d'idée mais que l'identité catholique se continue et tend de plus en plus vers ce qu'il appelle « un catholicisme solidaire ».

L'étude est fouillée, fort bien documentée, très bien écrite. Baum écrit avec enthousiasme : c'est sans doute ce qu'il fallait pour traduire sa joie de voir ainsi l'Église écouter les « signes des temps » et pour nous la communiquer le plus possible.

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23 février 2007

Le don du temps

André DOYON, Le don du temps, Anne Sigier 2006, 203 p.

André Doyon est un Oblat de Marie-Immaculée, mais c'est avant tout un grand croyant, un magnifique espérant et un homme qui aime passionnément Dieu et les humains. Ici, il fait porter sa réflexion sur le troisième et le quatrième âges, autrement dit sur la vieillesse. Ce pasteur a certainement rencontré bien des personnes âgées et il a sans doute lui-même une longue feuille de route.

Son livre est apaisant et rassurant. Il est plein d'observations fines de psychologie et surtout d'amour de Dieu et des gens. Il souligne à la fois combien la vieillesse est un âge rempli d'expériences riches et positives mais portant avec lui son lot de questions, d'inquiétudes et d'épreuves. Il montre combien la foi et l'espérance en un Dieu bon et miséricordieux peut faciliter ce dernier droit de la vie et préparer la traversée du pont qui conduit à Dieu.

Ce livre, s'il est bon pour les personnes âgées, est également utile pour toutes les personnes qui gravitent autour d'elles : les parents, les proches, le personnel soignant, les pasteurs, etc. Il est facile à lire et bien présenté. Et on sent que l'auteur aime ses lecteurs et qu'il ne demande pas mieux que de leur être utile.

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23 février 2007

Raconte-moi une histoire

Rodrigue LAGACÉ, Raconte-moi une histoire, La Plume d'Oie 2005, 185 p.

Ce livre, préfacé par le P. Benoît Lacroix, o.p., se lit comme un vrai roman. Pourtant, il parle d'une chose aussi sérieuse et difficile que l'homélie. Il nous montre combien l'homélie est loin des « sermons » d'autrefois et qu'elle se veut une véritable conversation familière avec les gens. C'est pourquoi les histoires, les contes, les fables, en constituent un ingrédient important.

L'auteur veut nous faire saisir combien les histoires font partie de notre quotidien, de notre héritage, de notre patrimoine. Il montre combien la Bible est, au fond, un grand livre d'histoires. Jésus lui-même, quand il enseignait, utilisait volontiers des histoires pour se faire comprendre.

Pour illustrer son propos, l'auteur imagine un dialogue avec une plante sauvage qui pousse dans les sous-bois et qu'on retrouve au printemps au milieu des trilles. Cette plante porte un nom populaire qui convient parfaitement au propos de Lagacé. Il s'agit du Petit Prêcheur (en anglais : Jack in the Pulpit). Effectivement, cette plante se présente comme s'il y avait un prédicateur dans une chaire en train de nous parler. C'est incroyable tout ce que cette plante a enseigné à l'auteur et il en est tellement enthousiaste qu'il ne peut résister à la tentation de nous le communiquer.

Le livre se lit facilement. Avec un sourire au coin des lèvres, l'auteur nous fait découvrir ou redécouvrir les dessous de l'homélie et émaille ses propos de nombreuses histoires toutes plus intéressantes les unes que les autres.

C'est Luther, le grand prêcheur protestant, qui disait : « Quand je parle de justification, les gens toussent et baissent la tête; quand je raconte des histoires, ils lèvent les yeux et ils écoutent. » C'est tout dire!

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15 janvier 2007

Le pari du coeur

Robert JOLICOEUR, Le pari du coeur, L'histoire émouvante du curé Jolicoeur, Presses de la Renaissance 2006, 286 p.

Le curé Jolicoeur n'a guère besoin de présentation. Il est fort connu dans son milieu de Sherbrooke et, par l'émission Évangélisation 2000 et ses présences à la radio, il a, depuis des années, largement débordé le paysage de l'Estrie. Cela sans compter ses apparitions remarquées à des matchs de baseball, ses nombreux voyages, etc.

Robert Jolicoeur, s'il a le don de la parole parlée, a également celui de la parole écrite. Son livre se lit facilement. Son style n'est pas compliqué et si, comme le dit Buffon, « le style, c'est l'homme », alors l'homme doit être fort sympathique.

Dans cette autobiographie, l'auteur montre combien son enfance, modeste au plan financier mais riche au plan humain, l'a profondément marqué. Son attrait pastoral pour les petits, pour les pauvres, pour les marginaux, ont pris racine dans son milieu familial montréalais. D'autres influences viendront, par la suite, marquer cet homme et ce prêtre de leur empreinte dans son action pastorale et spirituelle. Parmi ces influences, on peut signaler son séjour chez les moines de St-Benoît-du-Lac et ses rencontres avec ses deux évêques Mgrs Fortier et Gaumond.

Ce que j'ai particulièrement retenu de ce pasteur hors pair, c'est d'abord son approche profondément humaine des gens à qui il est envoyé : langage simple, communication facile, dialogue chaleureux, le coeur sur la main, etc. J'aime bien sa pastorale des petits pas, des « un par un », dans la rue, son acceptation inconditionnelle de chaque personne, etc. Et on voit bien que sa pastorale ne serait pas ce qu'elle est si elle n'était pas en même temps nourrie par une vie spirituelle constante et riche.

Bien sûr, tous ne peuvent imiter le curé Jolicoeur : chacun a ses charismes et ses limites. Mais il fait bon de voir comme les choix de Dieu sont diversifiés et que, s'il a toujours beaucoup d'amour quand il choisit ses pasteurs, il sait également parfois colorer cet amour d'un bel humour qui fait du bien à tout le monde.

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21 septembre 2006

Miséricorde

Roger POUDRIER, Miséricorde, Six cas particuliers, 2004, 103 p.

Ce petit livre, tout à fait savoureux, fera réfléchir plus d'un lecteur. Le Père Poudrier, franciscain, prédicateur itinérant, nous avait déjà charmé et agréablement surpris avec, entre autres, son Insoumis de Nazareth (Médiaspaul). Le P. a un parti-pris avoué pour l'Évangile qu'il met en dialogue, et parfois en opposition, à la loi. À sa manière, c'est un nouveau saint Paul qui n'hésitait pas à montrer les contradictions qu'il y avait entre la Loi juive et l'Évangile. C'est aussi un disciple attentif de Jésus qui confondait les pharisiens à cheval sur la lettre de la Loi et fort distants des « pécheurs » de leur temps.

La première partie de son livre est un plaidoyer pour la pensée et pour la conscience personnelle. S'appuyant notamment sur le Catéchisme de l'Église catholique (publié en 1992 et retouché en 1997), il montre qu'on ne peut faire abstraction de l'intelligence dans l'agir chrétien et que celle-ci est au service avant tout de la charité, de la recherche de la volonté du Père, de la tradition vivante. Cette pensée qui modèle l'agir chrétien n'appartient pas uniquement aux évêques et aux théologiens mais aussi aux fidèles. Il montre également que c'est la conscience de chaque individu qui est finalement le dernier juge des actes humains.

S'appuyant sur la parabole des invités au « grand dîner » (Luc 14, 15-24), où ce sont les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux qui finalement entrent dans la salle du festin, et sur le récit de la femme adultère (Jean 8, 3-11), où Jésus apparaît comme un maître de croissance pour tous, comme quelqu'un qui reconnaît le péché sans condamner les pécheurs, il montre que, si le péché est limité, la miséricorde divine est infinie : « Là où le péché a abondé, la grâce à surabondé » (Romains 5, 28); Dieu a infiniment plus de capacité de nous pardonner que nous avons de capacité de pécher.

Ensuite l'auteur applique les principes énoncés dans les deux premières parties de son livre à six cas particuliers, courants dans notre monde moderne et qui embarrassent bien des moralistes et inquiètent bien des personnes vivant de telles situations : l'adultère (marié et parfois infidèle), le concubinage (non mariée et fidèle), la fidélité nouvelle (remarié et fidèle), l'union civile (une amie fidèle à son amie), la masturbation (un veuf se caresse) et le suicide (un être cher s'en est allé). Dans tous ces cas, le P. insiste sur la valeur de fidélité au Père et sur la miséricorde divine. Les cinq premiers cas, qui se rapportent tous plus ou moins à la vie du couple, lui donnent l'occasion de faire une bonne réflexion sur la sexualité humaine, hétéro et homo. S'appuyant sur la bonté miséricordieuse de Dieu, largement décrite dans les Évangiles, il montre comment Dieu a toujours le goût de recommencer avec nous, qu'il est bien plus tolérant (miséricordieux) que beaucoup ne le pensent. Il montre également l'importance de respecter le cheminement des personnes. Ses positions sur les unions libres, sur les divorcés remariés, sur les couples homosexuels et sur la masturbation en particulier, en étonneront sans doute un certain nombre, mais elles donneront beaucoup d'espérance à toutes les personnes qui vivent de telles situations.

Le P. présente ses positions comme autant de pistes de réflexion. Il ne les propose pas comme des dogmes. Il reste ouvert à d'autres positions et n'hésite pas à les demander même. Il ne se prend pas pour un autre. Mais sa large expérience de pasteur, de prédicateur et de confesseur, l'a amené, d'une part, à méditer en profondeur l'Évangile et à y découvrir, comme un trésor magnifique, la très précieuse miséricorde du Seigneur, et, d'autre part, à ouvrir bien grandes les portes de l'espérance divine à tous ceux qui, trop souvent, se croient rejetés et même exclus du Royaume.

Ce petit livre courageux est à lire tout doucement comme on sirote une bonne liqueur revigorante. C'est un véritable bain d'Évangile en même temps qu'une source pleine de lumière et d'espérance. Il apporte un vent de fraîcheur évangélique à toutes les personnes, qui, de près ou de loin, sont aux prises avec les chaleurs torrides de situations difficiles et apparemment inextricables.

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21 septembre 2006

L'insoumis de Nazareth

Roger POUDRIER, L'insoumis de Nazareth, Les controverses de Jésus avec les autorités, Médiaspaul 1999, 195 p.

Ce livre, facile à lire, mérite d'être lu attentivement. Et cela pour diverses raisons.

D'abord, il nous présente un Jésus vu à travers la lunette de chacun des quatre évangélistes. À lire l'auteur, on constate que le Jésus de Matthieu n'est pas tout-à-fait celui de Marc et que celui de Luc n'est pas non plus exactement celui de Jean. Déjà cette première approche nous permet de mieux saisir les intentions littéraires et pastorales de chacun des évangélistes.

Ensuite, ce qui fait l'originalité de ce livre, c'est qu'il nous présente Jésus à travers les controverses nombreuses auxquelles il a été confronté avec les pharisiens, les sadducéens, les scribes et les prêtres en particulier. Le regard ainsi porté sur cet aspect particulier et considérable des évangiles nous fait découvrir un Jésus qui justifie amplement le titre du livre c'est-à-dire un Jésus insoumis aux traditions des anciens et aux interprétations que faisaient les autorités religieuses du temps de la Loi. Toujours Jésus place la personne au-dessus des observances religieuses et légales (par exemple : le sabbat est fait pour l'homme et non l'inverse), toujours Jésus apparaît comme venant non pour juger ou condamner mais pour sauver, toujours Jésus distingue le péché du pécheur, toujours il place la miséricorde et le pardon au-dessus de la « loi du talion ». Pas étonnant alors que cet insoumis, ce laïc marginal, ait fait rager les autorités du temps au point qu'ils ont fini par vouloir rien de moins que sa peau!

Enfin, le livre apporte un vent de fraîcheur sur la véritable identité de Jésus qui est à la fois « vrai Dieu et vrai homme », sur la foi qui ne saurait s'identifier à aucune forme de religiosité, de légalisme ou de conformisme religieux. Il nous fait aimer, encore plus si cela est possible et ce n'est pas peu dire, Jésus lui-même de même que les évangiles.

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30 août 2006

Au nom de Jésus

Henri J.M. NOUWEN, Au nom de Jésus, Novalis 2005, 90 p.

Voici un petit livre du P. Nouwen, peut-être l'un de ses meilleurs. Officiellement, c'est une réflexion sur le leadership chrétien et plus particulièrement sacerdotal. Mais, plus profondément, c'est une grande leçon d'évangile.

Le P. Nouwen était un professeur réputé d'Université (Harvard, etc.), conférencier recherché, écrivain talentueux. Or, voici qu'un jour il est invité, avec insistance, par Jean Vanier à devenir aumônier d'un Foyer de l'Arche à Toronto (Daybreak). Cet immense tournant dans sa vie a complètement changé sa vision de la spiritualité chrétienne, du ministère sacerdotal. Au fond, les handicapés mentaux de l'Arche sont devenus ses vrais maîtres, ses meilleurs évangélisateurs. Et lui, qui arrivait un peu comme une cruche pleine à Daybreak, s'est aperçu qu'il avait encore beaucoup à apprendre.

S'inspirant du récit des trois tentations du Christ (Matthieu 4, 1-11) et de la rencontre de Jésus ressuscité avec Pierre (Jean 21, 15-19), il développe les trois idées suivantes sur le leadership chrétien et presbytéral : 1- de la tentation de la pertinence à l'importance de la prière; 2- de la tentation de la popularité à l'importance du service; 3- de la tentation de mener (le pouvoir) à l'importance d'être mené. Le leader de demain, et d'aujourd'hui, est appelé à être rien de moins qu'un mystique contemplatif, un être de dialogue ouvert et vrai avec les gens, un pasteur capable de réflexion théologique.

Un petit livre inspiré et inspirant, qui renverse bien des perspectives et bouleverse bien des idées reçues. Un vrai retour à l'évangile.

À lire et à vivre par tous et particulièrement par les pasteurs, actuels et futurs.

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5 août 2006

Sous le soleil de la pitié

Jean-Paul DESBIENS, Sous le soleil de la pitié, Éditions du Jour 1965, 122 p.

À l'occasion du décès de Jean-Paul Desbiens, le célèbre Frère Untel, j'ai relu sa courte biographie ainsi que ses pensées philosophiques qu'il avait écrites il y a plus de quarante ans. J'ai d'abord savouré la qualité d'écriture de ce Frère. J'ai ensuite goûté à son érudition remarquable : c'est incroyable la quantité d'auteurs qu'il a « bouffés » et surtout assimilés, montrant par là non seulement une mémoire remarquable mais une intelligence encore plus remarquable. J'ai enfin découvert comme cet homme s'est pour ainsi dire fabriqué à travers plusieurs épreuves (famille très pauvre, longue maladie, persécutions, etc.) et comme il est devenu une sorte de prophète pour notre peuple. Cet homme aimait véritablement la personne humaine et le peuple canadien-français.

Sa lutte pour un français parlé et écrit correctement n'est que la pointe du iceberg de sa lutte pour la découverte du sens de la vie des personnes et d'un peuple, pour l'éducation et la compétence. Ce qu'il a écrit il y a plus de quarante ans révèle chez lui des qualités de visionnaire peu commun.

Ce petit livre, qui se vendait à l'époque un dollar, vaut bien plus que son pesant d'or. À lire ou à relire.

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19 juillet 2006

L'abbé Pierre parle aux jeunes, Marche vers l'essentiel

Abbé PIERRE, L'abbé Pierre parle aux jeunes, Marche vers l'essentiel, Éditions du Signe 2004, 225 pages.

L'abbé Pierre avait quatre-vingt-onze ans quand il a écrit ce livre. Ses réflexions sont celles d'un « vieux sage » qui a longuement réfléchi sur la vie, la sienne et celle des autres, particulièrement celle des plus démunis. On sent, tout au long du livre, que cet homme, chargé d'années, d'expériences et d'engagements, aime les jeunes et qu'il veut leur livrer, comme un cadeau, ce qui lui tient le plus à coeur pour eux.

L'abbé Pierre ne juge pas. Il regarde et il aime. Il voit la misère du monde mais il voit aussi l'espérance énorme que peut apporter la jeunesse à ce monde parfois si désemparé. Alors, il réfléchit tout haut et très simplement, familièrement même, sur les relations avec les autres, sur l'engagement, sur notre société et sur la recherche d'absolu.

Le livre, émaillé de belles photos de l'abbé et publié sur un papier lustré de belle qualité, se lit bien. Il fournit une bonne réflexion utile aux jeunes... et aux moins jeunes. L'abbé Pierre est reconnu pour son franc-parler et pour la liberté de ses engagements. Ici, il nous ouvre son coeur riche d'une longue vie remplie d'engagements mais aussi de contemplation de son ami le Seigneur.

Voici un livre facile à lire et qui fera du bien à ses lecteurs.

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21 avril 2006

Charles de Foucauld

Jean-Jacques ANTIER, Charles de Foucauld, Perrin 2004, 383 p.

Cette biographie du Frère Charles, qui se lit comme un roman, nous rappelle qu'il y a des tempéraments si entiers que c'est « tout ou rien ». À cet égard, Foucauld ressemble à la grande Thérèse d'Avila. À d'autres égards, Charles ressemble à saint Augustin : il eut, en effet, avant sa conversion une vie mondaine assez ollé, ollé!

Militaire dans l'âme, explorateur audacieux du Maroc, il ne craignait pas les aventures risquées et les projets dangereux. C'est peut-être cela qui l'a décidé un jour à s'embarquer dans la grande aventure du Christ. Alors ce fut la vie dans le radicalisme de l'Évangile à l'état pur : dénuement complet, abjection totale, amour inconditionnel du Christ eucharistique en particulier, vie de pauvreté extrême. Pour vivre son engagement envers le Seigneur, il vécut d'abord en moine, puis en serviteur de moniales et finalement s'établit au désert où il vivait avec des nomades. Il a vainement essayé de les convertir au christianisme et a fini par comprendre que « le salut peut exister hors de l'Église ». Ses longues heures de contemplation devant le St-Sacrement, ses autres heures passées à faire la charité aux arabes très pauvres qui venaient quémander nourriture, travail, etc. lui avaient acquis une réputation de sainteté dès son vivant.

Il a voulu s'identifier au Christ le plus possible dans sa pauvreté, son dénuement, son rejet et sa mort. Il fut effectivement ligoté, dépouillé de ses vêtements, mis à genoux et mourut d'une balle tirée sous son oreille droite et qui ressortit par son oeil gauche. Il est mort en ayant converti une seule personne et en n'ayant recruté aucun membre pour sa fraternité. Mais, comme un grain de blé tombé en terre et comme le Christ, une fois mort, son rayonnement n'a cessé. Aujourd'hui des Fraternités nombreuses existent un peu partout dans le monde, qui essaient de vivre l'idéal évangélique que ce marabout chrétien avait enseigné plus par sa vie que par sa parole.

Jean Guitton disait de lui : « Charles de Foucauld est un homme qui ne cesse de naître. Il apparaîtra demain comme l'un des plus spirituels français de ce siècle et, sans doute, comme un saint. »

Jean-Paul II disait aux évêques d'Afrique du Nord : « Dans leur recherche du vrai et du bien, nos contemporains ont tendance à préférer les témoins authentiques et discrets, signe de salut pour la famille humaine. Ce fut l'intuition de base d'un grand homme de Dieu de votre région, le père Charles de Foucauld, qui a cherché à manifester l'Évangile de façon laborieuse et cachée, dans le silence où Dieu signifie sa présence à la manière d'une brise légère. »

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24 mars 2006

Anges & démons

Dan BROWN, Anges et démons, JC Lattès 2005, 569 p.

L'auteur du Da Vinci Code a écrit, en 2000, un roman qui a été traduit en 2005 sous le titre de Anges et démons. L'histoire est moins compliquée que celle du Code et donc plus facile à suivre. Elle n'en est pas moins fascinante. Il s'agit d'un excellent thriller.

Le CERN, un centre suisse de recherches scientifiques très avancées, a réussi à produire de l'antimatière, formidable découverte qui peut être aussi bien utilisée pour le bien que pour le mal. Les Illuminati, une secte anticatholique, qu'on croyait disparue dans la nuit des temps, réapparaît et élabore un plan diabolique pour éliminer de la carte le Vatican. Vittoria Vetra, une scientifique chevronnée doublée d'une sportive accomplie, est la fille de Leonardo, l'inventeur de l'antimatière. Robert Langdon, quant à lui, est professeur à Harvard et spécialiste de la symbolique. Le Père Vetresca est camerlingue du Vatican et s'occupe de l'élection du futur Pape. Voilà l'histoire en gros.

L'auteur a le génie de mettre en scène divers personnages, anges et démons, qui en luttant les uns contre les autres ou les uns pour les autres, soutiennent l'intérêt du lecteur d'un chapitre à l'autre. Brown écrit, il ne faudrait pas l'oublier, une oeuvre de fiction : il ne faudrait pas conclure trop vite qu'il y a des intrigues de palais au Vatican comme celles décrites dans son roman. Comme pour le Code Da Vinci, l'auteur se sert de données réelles, par exemple l'histoire des Illuminati, les archives secrètes du Vatican, le passetto entre le Vatican et le Château St-Ange, certaines églises de Rome, etc., pour étoffer son histoire. C'est sur ces données réelles qu'il écrit son roman. Brown est un familier des sociétés secrètes et de la symbolique; il connaît bien également les dédales du Vatican et les dernières avancées de la science, ce qui lui permet d'élaborer un roman d'une grande puissance et d'un grand intérêt certain.

Cela dit, l'oeuvre demeure fort intéressante. Elle montre tout ce qu'il y a de bon, de moins bon et de carrément pas bon dans le coeur humain, y compris chez les plus hauts dignitaires ecclésiastiques et les plus grands scientifiques. Elle nous permet également de constater que le dialogue entre la foi et la science, s'il est nécessaire, n'est pas toujours facile. Elle fournit un bon divertissement pour les lecteurs avides de sensations fortes.

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19 janvier 2005

Mon Dieu... pourquoi?

Abbé PIERRE avec Frédéric LENOIR, Mon Dieu... pourquoi? Plon 2005, 108 p.

Ce petit livre, qui contient l'essentiel d'un dialogue étalé sur un an entre l'abbé Pierre et son ami Frédéric Lenoir, a beaucoup fait parler de lui, principalement par le célèbre nonagénaire avouait qu'il avait cédé au désir sexuel de « manière passagère ». Mais au-delà de cette affirmation pétillante de vérité et de bonne santé, l'abbé Pierre nous livre des réflexions sur l'Église, le Pape, la liberté, le péché, l'évolution, la place de la femme dans l'Église, le mariage des prêtres, l'homosexualité, etc. Il parle surtout d'amour, celui qu'il reçoit de Dieu et des gens et celui qu'il leur donne. L'amour est communion, voilà l'essentiel.

Ce livre est celui d'un homme libre qui dit tout haut ce qu'il pense. C'est un livre libérateur, un livre qui fait réfléchir et qui donne des raisons à la fois simples et profondes de croire. C'est le livre d'un homme, d'un chrétien et d'un prêtre, dont la vie, la sienne et celle des autres, a été un grand maître.

À sa manière, ce petit livre est un vrai catéchisme qui ouvre sur la vie, sur les autres et sur Dieu. Une sorte de testament spirituel combien riche et combien bon!

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16 décembre 2005

Par-delà l'automne

Paul TREMBLAY, Par-delà l'automne, Anne Sigier 2005, 205 p.

Paul Tremblay était un prêtre du diocèse de Chicoutimi. Je dis « était » puisque il est décédé il y a moins d'un an à la suite d'une longue maladie. Mais Paul était plus que le pasteur d'une paroisse d'un diocèse, il était un grand fidèle de l'Église et un vrai citoyen du monde. C'était aussi pour moi un bon ami. J'ai eu l'honneur de lui succèder à la direction de l'Office de Catéchèse du Québec.

Ce prêtre, théologien, pasteur et sociologue, a voulu, avant de quitter cette terre, jeter un regard lucide et plein d'espérance sur la vie des humains, la vie de l'Église et la vie de notre monde. Il l'a fait en réfléchissant à partir de cette belle saison de l'automne et de ce qui arrive après elle. Il était lui-même à l'automne de sa vie : atteint d'un cancer, il pouvait projeter un regard sur son propre automne et sur son au-delà. Comme baptisé et comme pasteur, il était membre de l'Église qu'il aimait et qu'il entrevoyait comme étant elle aussi à l'automne de sa vie. Comme humain et comme habitant de cette terre, il réfléchissait par-delà son automne.

Paul était un être de réflexion et de méthode. On peut facilement distinguer les étapes de son manuscrit et la démarche de sa pensée. Que ce soit pour la vie humaine ou pour l'Église ou encore pour le monde, Paul procède toujours de la même façon : il commence par regarder, à travers la loupe de l'automne, la vie de la personne, de l'Église et du monde; ensuite, il fait appel à l'Écriture, à ce livre de sagesse, qui lui permet d'apporter un éclairage biblique sur ce qu'il a observé, à l'aide de personnages comme Jacob, Élie, Jérémie, Jonas, l'aveugle-né, les disciples d'Emmaüs, etc., ou de récits comme le bon Samaritain, la veuve de Sarepta, etc.; enfin, il dégage des chemins d'avenir, des « par-delà l'automne ».

Paul est plus qu'un fin observateur de la vie des humains, de l'Église et du monde. S'il les regarde avec son oeil de sociologue, il les voit aussi avec tout l'amour et toute l'expérience du pasteur qu'il a toujours été et aussi avec la foi et l'espérance qui ont tous les jours habité ce grand spirituel.

Ce livre est réaliste. Il déborde de lucidité. Il ne craint pas les affirmations fortes et même dérangeantes. Mais il déborde d'amour véritable et d'espérance profonde. C'est un beau cadeau que Paul nous a laissé avant de partir pour la maison du Père.

Merci beaucoup, Paul!

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7 décembre 2005

L'enfant de Noé

Eric-Emmanuel Schmitt, L'enfant de Noé, Albin Michel 2004, 189 p.

Eric-Emmanuel Schmitt, avec L'enfant de Noé, ajoute à sa réflexion sur les religions qu'il avait si bien commencée avec Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran et Oscar et la dame rose. Dans L'enfant de Noé, il raconte une histoire bien triste même si elle finit bien. Mais il la raconte de façon si savoureuse que le temps passe vite à le lire.

En fait, l'histoire commence en 1942, en pleine deuxième guerre mondiale. Joseph, sept ans, petit Juif, est séparé de ses parents pour des raisons de sécurité. Il aboutit à la Villa Jaune où un certain Père Pons, prêtre catholique original, le recueille en le faisant passer pour un catholique possédant de faux papiers d'identité fabriqués par une pharmacienne du nom de Marcelle. Joseph et le Père Pons développent une amitié dépareillée. Joseph, curieux comme tous les enfants de son âge, finit par découvrir un lieu secret où le Père Pons commence une collection juive parce qu'il craint que le peuple juif disparaisse. Ce prêtre catholique aime les Juifs et ce petit Juif aime ce prêtre catholique au point de vouloir devenir catholique. En cours de route, Joseph se lie d'amitié également avec Rudy, un jeune Juif qui, lui aussi, habite clandestinement la Villa Jaune. Mais tout est bien qui finit bien.

Le livre est délicieux à lire. Il nous amène à découvrir et à aimer les religions juive et catholique. Il nous fait découvrir surtout que la vraie charité dépasse facilement et heureusement les frontières des religions pour rejoindre ce qu'il y a de plus profond et de meilleurs dans le coeur humain.

À lire absolument.

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22 novembre 2005

Oscar et la dame rose

Eric-Emmanuel SCHMITT Oscar et la dame rose, Albin Michel 2002, 100 p.

Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur que j'aime bien. Il a le don de dire des choses profondes en mots simples et de les dire en racontant une belle histoire. C'est lui qui a écrit le délicieux Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran qui a été porté à l'écran par la suite. D'ailleurs son Oscar fait partie, avec Monsieur Ibrahim, d'une trilogie que l'auteur a rédigée et qu'il a intitulée Le cycle de l'Invisible. Oscar est consacré à la foi chrétienne, Ibrahim à l'Islam et Milarepa au bouddhisme.

Oscar est un malade de la moelle épinière. Il a la tête en forme d'oeuf. Et, malgré qu'il soit atteint d'une maladie incurable, il vivra jusqu'à cent ans. À partir de l'âge de dix ans, il commence à se poser des questions sur la souffrance, sur la vie, la mort. Un peu plus tard, il vit une idylle amoureuse avec une pensionnaire de l'établissement où il demeure. Les questions qu'il se pose, il les pose également à Dieu sous forme de lettres, avec sérieux et humour tout à la fois. Ce livre aurait tout aussi bien s'intituler Lettres à Dieu.

La forme littéraire adoptée par l'auteur lui permet d'écrire un récit fort intéressant de la vie de cet Oscar handicapé mais intelligent et croyant en même temps que de poser les questions essentielles à Dieu, questions que tout le monde se pose à un moment ou l'autre de sa vie.

Ce petit livre est aussi savoureux que Monsieur Ibrahim. Il faut le lire à tête reposée, à coeur chaud et à foi douce.

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18 juin 2005

Entrer dans le mystère de Jésus

Jean VANIER, Entrer dans le mystère de Jésus, Une lecture de l'évangile de Jean, Novalis 2005, 378 p.

Ce gros livre est un beau et bon livre. C'est même un excellent livre. On n'a plus besoin de présenter Jean Vanier, ce prophète de notre temps, cet apôtre des personnes handicapées et fondateur des Foyers de l'Arche.

Cette fois-ci, il nous offre le fruit, combien riche! d'une longue méditation et sans doute d'une prédication souvent répétée de l'évangile de Jean. Au long de vingt-six chapitres, il explique, commente, médite, réfléchit sur chacun des chapitres de cet évangile qu'on a qualifié de « mystique et de spirituel ». Effectivement, c'est à une longue et belle méditation spirituelle que l'auteur nous convie.

Sa familiarité avec les personnes handicapées l'amène à regarder sous un angle particulier cet évangile : il nous fait découvrir un Jésus empreint d'amour, de compassion, de pardon. Un Jésus qui aime son Père et qui souhaite que nous nous aimions les uns les autres comme lui-même nous aime.

Il y a des pages et des phrases qui méritent d'être soulignées à grands traits, d'être lues presque à genoux et qui nous invitent à réviser et à aligner notre vie sur ce messager extraordinaire que fut Jean. Je pense en particulier aux noces de Cana, à l'aveugle-né, à la Samaritaine, à la femme adultère, etc. Le mérite de Jean Vanier est d'avoir su à la fois intérioriser et vulgariser ce message d'une très grande richesse spirituelle.

L'auteur s'est appliqué à être le plus près possible du sens littéral et historique du texte qu'il considère comme un trésor dans lequel il puise des richesses merveilleuses. Certaines idées-clés, comme la compassion, l'amour des faibles, la passion pour la vérité, reviennent régulièrement, ce qui donne parfois l'impression d'une certaine redondance, mais c'est pour mieux enfoncer le clou de ces idées-maîtresses.

Cela n'enlève rien à la richesse extraordinaire de ce livre qu'on ne fait pas que lire ou méditer. On le boit littéralement tellement il constitue une source magnifique et merveilleuse pour la spiritualité de quiconque veut se nourrir à l'Évangile et particulièrement à l'évangile de Jean.

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18 juin 2005

Lazare

Alain MARCHADOUR, Lazare, Collection évangiles, Bayard 2004, 150 pages

Alain Marchadour est bien connu comme exégète. Il nous a donné un excellent commentaire spirituel et pastoral de l'évangile de Jean (Centurion-Novalis 1992). Cette fois-ci, il approfondit pour nous la figure importante et silencieuse de Lazare, le frère de Marthe et de Marie, tous trois grands amis de Jésus. On connaît le récit de cet étonnant et mystérieux retour à la vie de Lazare qui reposait déjà depuis quatre jours dans le tombeau et qui « sentait déjà ».

L'auteur commence par rapporter les opinions de quelques grands exégètes sur cette histoire insolite de la résurrection de Lazare. Il commente lui-même ce récit. Il montre comment c'est Jésus qui est au centre de ce récit. Puis il projette différents regards sur cette histoire : celui du culte, celui des Pères de l'Église, celui du Moyen-Âge et de la Réforme, celui de l'analyse, de la spiritualité et même de la psychanalyse. Il rapporte l'utilisation très belle qu'en a faite Dostoïevski dans son grand roman Crime et châtiment. Il montre également comment certains auteurs contemporains ont interprété le silence de Lazare avant et après son retour à la vie, comment certains ont même fait un rapprochement avec les morts des camps de concentration nazis. Enfin il cite de très belles pages de Grégoire de Nazianze, de J.-P. Manigne et de É. Robert.

Le livre ne se lit pas comme un roman. C'est une étude mais quand même une étude relativement facile à lire. Elle nous permet un nouveau regard sur ce personnage qui a inspiré une large littérature, sur ses soeurs, sur Jésus face à l'amitié et face à la mort de Lazare et face à la sienne. Car il ne faut pas oublier qu'en ramenant Lazare à la vie, Jésus signait son propre arrêt de mort.

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11 juin 2005

La planète des hommes

Mario PROULX, La planète des hommes, Radio-Canada, Bayard 2005, 211 pages

Quel livre intéressant et utile!

Le livre est né d'un bon nombre d'entrevues qui ont conduit à une série télévisée de cinq épisodes, intitulée La planète des hommes. À la télévision, il a fallu résumer ou choisir des extraits des entrevues. Dans un livre, on peut les reproduire in extenso. C'est ce qui fait la richesse de ce livre.

Que ce soit l'anthropologue Serge Bouchard, le philosophe Marc Chabot, le psychanalyste Guy Corneau, le cinéaste Ricardo Trogi, le psychologue Yvon Dallaire, l'écrivain Danny Laferrière, la clinicienne Rose-Marie Charest, l'auteur et scénariste Charles Paquin, le professeur retraité Pierre Matton ou l'intervenant en relations humaines Gontran Houde, tous nous parlent d'abord de la condition masculine en elle-même, dans le couple et dans la société. Mais ils nous en parlent aussi en termes de relations homme-femme et projettent également un regard sur l'avenir. Ils le font dans un langage facilement abordable et à partir de leurs expériences professionnelles mais également personnelles.

Le livre est fort intéressant. Il permet, je pense, à toutes les personnes qui se questionnent sur leur identité d'hommes et de femmes, qui vivent ou ont vécu des relations, réussies ou non, de couple, de lire ou de relire leurs expériences. La lecture des différents auteurs de ce bouquin permet aux lecteurs d'être confirmés dans leurs propres connaissances ou expériences mais aussi de les approfondir et probablement de mieux s'équiper pour l'avenir.

Ce livre permet non seulement de mieux comprendre la masculinité face au mouvement fort du féminisme au Québec mais surtout de mieux saisir ce qui fait qu'un homme est un homme et qu'une femme est une femme, de mieux comprendre leurs différences en même temps que leur complémentarité. Ce livre sera fort utile aux éducateurs, aux accompagnateurs de couples, aux pasteurs, aux jeunes qui entrent dans le monde des adultes et de l'amour, aux couples heureux et aussi aux couples divisés, séparés, reconstitués, etc.

Comment se fait-il, par exemple, que les hommes ont plus de difficulté à demander de l'aide que les femmes, qu'il y a quatre fois plus de suicides d'hommes que de femmes au Québec? Comment la vie d'un couple ne peut subsister sans compromis de part et d'autre? Comment un homme et une femme réagissent-ils face à un même événement, face à l'amour, face aux enfants, etc.? Que se passe-t-il dans la vie d'un couple quand la passion diminue? Comment le féminisme a changé la donne au Québec? Etc.

Le bonheur n'est pas une génération spontanée. Il s'inscrit dans les profondeurs de l'être humain en même temps que dans des relations interpersonnelles et au coeur d'une société précise.

À lire absolument comme un baume pour le coeur, comme une lumière pour l'esprit et comme un élan pour aller plus loin. Un vrai cadeau à portée de main, un cadeau qui se lit facilement et qui se donne tout aussi facilement.

À noter cependant que le livre regarde les situations actuelles sans pour autant les juger à partir des enseignements d'une religion particulière comme le catholicisme ou le protestantisme.

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9 juin 2005

Les plaisirs de l'amitié

Ron HERRON et Val J. PETER, Les plaisirs de l'amitié, Le Philanthrope Éditeur, 2004, 89 pages

Ce petit livre n'a pas la prétention du classique Comment se faire des amis de Dale Carnegie. Il donne pourtant de bons conseils sur l'art de se faire des amis et de les garder. Ces conseils sont basés sur le respect mutuel, la discrétion, le positif dans la vie, l'entraide, etc. Un chapitre est consacré à la timidité qui afflige tant de personnes et qui constitue souvent un obstacle à la construction d'une véritable amitié.

Un beau et bon petit livre à consulter et à donner en cadeau.

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5 janvier 2005

Parler d'amour au bord du gouffre

Boris CYRULNIK, Parler d'amour au bord du gouffre, Odile Jacob 2004, 253 p.

Boris Cyrulnik est devenu, avec le temps, le grand-prêtre de ce qu'on est convenu d'appeler la « résilience ». Ce psychothérapeute de grand talent est directeur de la « clinique de l'attachement » à l'université de Toulon et président de l'Observatoire international de la résilience.

La résilience pourrait être définie comme cette capacité de rebondir après avoir subi un trauma important dans sa vie. On connaît, par exemple, pour en avoir entendu parler dans les médias, du syndrome post-traumatique des soldats revenant de guerre. Ces traumas se présentent quand nous vivons des situations particulièrement dérangeantes dans nos vies. Le tsunami récent en Asie du Sud en est un bon exemple pour tous ces malheureux sinistrés. De même les victimes de la Shoah ont vécu cette sorte de trauma.

Il y a souvent chez les amoureux déçus dans leur amour un trauma majeur. On sait tous ce que produit chez certains une grave peine d'amour. Alors, si l'on ne veut pas sombrer dans une déprime importante, il faut s'engager dans un processus de résilience. L'auteur, qui a déjà écrit un certain nombre de livres sur la question, s'attaque dans ce livre à expliquer les phénomènes de trauma et de résilience quand l'amour entre deux personnes mais aussi dans une famille, etc., est au bord du gouffre.

Ce livre, bien écrit, est facile à lire. Il aidera certainement les personnes qui ont du mal à vivre après avoir subi, d'une manière ou d'une autre, une rupture ou un échec amoureux.

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12 novembre 2004

Da Vinci Code

Dan BROWN, Da Vinci Code, JC Lattès, Paris 2004, 574 pages

Ce livre a, à peine sorti des presses, beaucoup fait parler de lui. Il s'est vendu à des centaines de milliers d'exemplaires. C'est dire l'énorme succès de librairie qui fait pâlir d'envie tous les auteurs.

De fait, ce livre se lit « comme un roman », selon l'expression consacrée. Effectivement, c'est un roman ou plutôt un thriller, comme en produisent Stephen King, John Grisham, Arturo Pérez-Reverte, et tant d'autres. C'est donc, il ne faudrait pas l'oublier, un écrit de fiction. Et, même si cet écrit fait appel à des institutions réelles comme l'Église, l'Opus Dei, l'église St-Sulpice de Paris, la Tower Church de Londres, le Musée du Louvre, l'Ordre des Templiers, etc., il demeure essentiellement une oeuvre de fiction.

Cela dit, qu'est-ce qui fait que ce roman fait littéralement courir les foules et qu'aussitôt qu'on s'est mis le nez dedans, on arrête seulement une fois rendu à la dernière page? Dan Brown écrit fort bien : c'est une sorte de maître de l'écriture-suspense. Ses chapitres sont brefs (il y en a en tout 107 si l'on compte le prologue et l'épilogue), ses paragraphes et ses phrases sont brefs également. Cette brièveté lui permet de passer facilement et rapidement d'une personnage à un autre, d'un lieu à un autre, d'une situation à une autre. Ce qui a pour effet de tenir le lecteur en haleine. Voilà pour le style.

Mais il y a plus. L'auteur est un connaisseur fort averti de bien des réalités dont certaines sont totalement inconnues ou presque de la plupart des lecteurs : il se meut fort à l'aise dans les cryptogrammes, les anagrammes, les codes cachés, les langages ésotérique et astrologique, les oeuvres d'art, les sociétés secrètes, les études de la Bible, les dessus et les dessous de l'Église, etc. Ce côté presque inédit confère à son livre un caractère particulier qui pique la curiosité et entraîne les lecteurs , presque à leur insu, dans le monde du sacré, du mystère et de l'insolite. Ajoutez à cela quelques meurtres, quelques enquêtes policières, et vous avez une matière solide pour écrire un bon roman. Bref, l'auteur est fort bien renseigné, a eu accès à plusieurs sources, et a le talent, même le génie, de jongler avec toutes ces connaissances pour en faire un roman des plus intéressants.

Plusieurs lecteurs et lectrices m'ont fait remarquer que l'Église en prend pour son rhume dans cette histoire, que l'Opus Dei y goûte également, que certains cardinaux et monseigneurs ne sont pas toujours des exemples de vertu, que la divinité du Christ est fortement remise en question, etc. Quant à Marie-Madeleine qui serait l'épouse du Christ et la mère de son enfant et qui serait également le saint Graal (ordinairement la légende se porte plutôt sur le calice de la dernière Cène), on ne peut évidemment pas passer sous silence cette assertion de l'auteur.

Pour justifier le titre de son livre, l'auteur montre que Leonardo da Vinci était plus qu'un peintre de génie. C'était aussi un mathématicien, un anatomiste, un adepte des sociétés secrètes, de sorte que au-delà de la surface de ses tableaux, il y aurait tout un code contenant divers messages secrets. C'est ainsi que le visage de la célèbre Joconde intrigue encore pas mal de gens : est-ce un visage d'homme ou de femme? C'est ainsi qu'il peut affirmer que l'Apôtre qui se penche sur la poitrine de Jésus à la dernière Cène et que la tradition a toujours identifié comme étant l'Apôtre Jean, est, selon l'auteur, nulle autre que Marie-Madeleine, qui n'était pas du tout une prostituée, mais une belle femme aux cheveux roux, et qui serait devenue l'épouse du Christ.

Que dire à propos de ces affirmations qui interrogent certains lecteurs, en réjouissent ou en font rager d'autres? D'abord, faut-il le répéter, il s'agit d'un roman et donc d'une oeuvre de fiction. Même si elle prend appui sur des réalités bien concrètes, l'auteur est tout à fait libre de faire dire ce qu'il veut aux personnages et aux institutions qu'il évoque et met en place dans son livre.

Cela dit, il reste que des affirmations aussi grosses que celles énoncées deux paragraphes plus haut risquent de semer le doute chez le lecteur, sinon de le scandaliser purement et simplement ou, au contraire, de le réjouir profondément. L'Église, Vatican II l'affirme haut et fort, est à la fois divine et pécheresse : il n'est donc pas étonnant qu'il se trouve en elles des personnes pécheresses elles aussi. Pour ce qui est des autres vérités remises en question par l'auteur (divinité du Christ, Marie-Madeleine épouse du Christ, etc.), personnellement j'aime mieux croire l'Église qu'un Vinci, vu et interprété par l'auteur, et adepte de sociétés secrètes. Pour ce qui regarde l'Opus Dei, l'auteur a beau jeu, même si, à la fin de son livre, il fait dire à Rome que l'Église répudie cette organisation. Il est clair que l'Opus Dei passe pour avoir une mentalité traditionaliste et conservatrice. Quant à savoir si ses adeptes portent des cilices, cherchent à s'enrichir, mentent effrontément, tuent même au nom du Christ, etc., je crois qu'il faut en prendre et en laisser. L'O.D. est comme l'Église et comme chacun et chacune de nous : elle est faite d'ombre et de lumière.

Somme toute, comme me le disait une amie fervente lectrice de thrillers depuis des années, ce roman n'égale pas certains Stephen King, par exemple. De même, des critiques lues sur le net laissent entendre que ce roman sera oublié d'ici cinq ans. On verra bien.

En attendant, je pense qu'il faut lire ce livre pour ce qu'il est, c'est-à-dire un roman. On aurait pu tout aussi bien écrire un roman à partir de la Maison-Blanche et de la CIA de Washington, en y ajoutant des touches du Kremlin de Moscou, de l'Élysée de Paris, du Parlement de Londres et de la Knesset de Tel-Aviv, par exemple, et en inventant toutes sortes d'histoires qui auraient un certain poids de vérité (et de mensonge) dans la réalité. Est-ce à dire que les lecteurs auraient pris tout au pied de la lettre? De même, je crois qu'il faut faire la part des choses et s'en tenir à la ligne romanesque du livre de Brown. Autrement, on risque de sortir de la lecture de ce livre plus mêlé que quand on y est entré.

Soulignons enfin la faiblesse de la dernière partie du livre qui, à mon sens, relève de la haute voltige. C'est comme si l'auteur ne savait pas trop comment terminer son livre et qu'il voulait à tout prix nous dire : « Tout est bien qui finit bien. »

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6 septembre 2004

Guetter l'aurore

Jean DELUMEAU, Guetter l'aurore, Un christianisme pour demain, Grasset 2003, 284 p.

Jean Delumeau est un historien catholique dont la réputation n'est plus à faire et dont la compétence n'est plus à démontrer. Sa feuille de route et ses états de service sont impressionnants. C'était également un ami intime du P. Théodule Rey-Mermet, qu'il cite d'ailleurs de temps en temps dans son livre.

Delumeau fait une analyse approfondie de l'Église actuelle, de ses acquis, de ses forces et de ses faiblesses, pour mieux entrevoir les chemins qu'elle devrait prendre, à son avis, pour l'avenir.

Après avoir montré combien le christianisme, pas seulement le catholicisme, recule, quantitavement parlant, dans l'hémisphère nord-occidental, il montre également que des petites pousses fort intéressantes commencent à germer ici et là, pleines d'espoir et témoins d'un renouveau important dans l'Église. Puis il entreprend, consciencieusement et clairement, une nouvelle lecture de la création, du péché originel (péché des origines), de la bonté de Dieu toujours plus profonde que le mal, des évangiles, etc., lecture qui tient compte des acquis des sciences modernes, entre autres. Il montre également que l'avenir du christianisme passe nécessairement par une réconciliation majeure entre les religions chrétiennes et par un dialogue fort avec les religions non chrétiennes. Il souligne aussi que la sécularisation, bien loin d'être un obstacle au christianisme, peut, au contraire, lui être favorable. Enfin il fait un plaidoyer vibrant en faveur de la créativité en Église. On le voit, Delumeau ne fait pas qu'analyser des statistiques, il va au fond des choses.

Ce livre est en même temps profond et éclairant. Écrit dans un style relativement simple, les idées émises méritent d'être lues, relues et approfondies par les lecteurs. C'est à une espérance constructive que l'auteur convie l'Église et les chrétiens. Les chemins qu'il indique sont autant d'invitations pressantes que des visées prophétiques. Tous les chrétiens, du plus humble au plus élevé dans la hiérarchie, auraient avantage à méditer ce livre précieux entre beaucoup d'autres écrits sur un sujet semblable.

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16 août 2004

Le temps précieux de la fin

Jean MONBOURQUETTE et Denise LUSSIER-RUSSELL, Le temps précieux de la fin, Novalis 2003, 286 p.

Ce livre reprend, en le révisant, le corrigeant, l'augmentant et le mettant en jour, l'ouvrage Mourir en vie, qui, comme on le sait, a connu un grand succès. Ce livre, l'avant-propos le dit bien, « s'inscrit dans le grand courant des soins palliatifs... » Il veut aider la personne à « poursuivre sa croissance humaine et spirituelle, affiner ses convictions religieuses, achever les projets commencés, faire ses réconciliations et ses adieux, laisser un testament et réussir à bien vivre la fin de sa vie et sa propre mort. »

Le livre propose 28 parcours regroupés autour des thèmes suivants : « Affronter, Vivre, Transcender, Mourir ». Chacun des parcours est constitué d'une démarche en cinq pas : « Présentation, Réflexion, Piste de croissance, Prière, Sourire de sagesse ».

La mise en page est aérée, imprimée sur papier légèrement teinté et écrite en caractères suffisamment gros pour ne fatiguer la vue. Il est, en plus, agrémenté de plusieurs citations d'auteurs fort judicieuses.

Ce guide aidera très certainement les personnes qui se préparent à mourir et aussi celles qui en préparent d'autres à faire le grand passage.

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10 juillet 2004

Lettres à Dieu, Calmann-Lévy 2004, 356 p.

René Guitton et l'éditeur Calmann-Lévy ont eu l'idée de demander à différentes personnalités d'écrire une lettre à Dieu. Les auteurs de ces lettres viennent d'horizons très variés : hommes et femmes, écrivains, évêques ou prêtres, catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans, bouddhistes, scientifiques, médecins, artistes, universitaires, etc. On ne reste pas indifférent à des lettres signées par Shimon Peres, Soeur Emmanuelle, Bruno Chenu, Yves Duteil, l'abbé Pierre, Claude Geffré, Stan Rougier, Robert Hossein, Dominique Lapierre, Gérald Messadié, Gilbert Sinoué, Voltaire, etc.

Le ton et le contenu des lettres est également et forcément très diversifié. On y trouve d'admirables prières, de ferventes professions de foi, mais aussi des questions et des interpellations parfois très fortes à Dieu. Un certain nombre de questions en particulier reviennent de façon régulière : pourquoi Dieu garde-t-il silence devant tant de misère dans notre monde? pourquoi tant de souffrances? comment peut-on parler d'un Dieu-Amour quand le Premier Testament en parle souvent comme le Dieu des armées? comment certains hommes d'État peuvent-ils prendre Dieu comme caution de leurs guerres? Etc.

Ces lettres, forcément, véhiculent différentes conceptions de Dieu. Elles rendent témoignage de la foi tantôt forte, tantôt vacillante de leurs auteurs. Elles témoignent surtout de la sincérité des démarches et du respect profond des écrivains.

Une seule remarque : on aurait souhaité que quelques lettres aient été écrites par des auteurs d'outre-Atlantique. Ils auraient certainement eu, eux aussi, quelque chose à dire à Dieu.

Un souhait : que ce livre, fort beau, soit lu non seulement par des croyants pratiquants, mais aussi par ces nombreux chercheurs de Dieu qui peuplent notre monde aujourd'hui.

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3 mai 2004

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran

Eric-Emmanuel SCHMITT, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Albin Michel 2001, 85 pages

Quel beau petit livre! Vous avez peut-être vu le film qui passe présentement sur nos écrans? Le livre et le film sont des petits bijoux qu'il faut lire et voir absolument.

Eric-Emmanuel Schmitt est connu pour sa fameuse pièce Le visiteur, mettant en scène Sigmund Freud et Dieu lui-même, et pour sa biographie romancée d'Hitler, La part de l'autre (Albin Michel, 2001). Monsieur Ibrahim est le deuxième volet d'une trilogie consacrée au bouddhisme, à l'islam et au christianisme.

Monsieur Ibrahim est un musulman âgé, né dans le Croissant d'or. Il tient une petite épicerie, genre dépanneur, dans la rue Bleue de Paris. Il compte, dans sa clientèle, un jeune garçon, Moïse dit Momo, qui lui vole régulièrement des choses mais avec qui il lie une solide amitié. Momo est Juif et son père, neurasthénique et désabusé, séparé de sa femme, ne s'occupe pas de lui. En fait, c'est Ibrahim qui deviendra son vrai père.

Le livre, fort bien écrit, raconte l'amitié qui peut exister entre les générations. Souvent un jeune a besoin de l'expérience d'une personne âgée, et surtout de son amitié et, souvent aussi, un vieux a besoin d'un jeune pour poursuivre la route qui lui reste. La relation qui s'établit entre ce grand-père et cet adolescent est touchante et utile pour les deux : le jeune grandit bien et le vieux vieillit bien. Ils se font un cadeau réciproque de leur âge, le plus jeune puisant à la sagesse et à l'amour de l'ancêtre, et le plus vieux s'abreuvant à la jeunesse et à la spontanéité du jeunot. Le livre, effectivement, contient des maximes, mises dans la bouche d'Ibrahim, qui sont de véritables graines de sagesse et, en plus, des fleurs du Coran.

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8 avril 2004

Jean-Paul II

Bernard LECOMTE, Jean-Paul II, Biographies nrf Gallimard 2003, 637 pages.

Une autre biographie de Jean-Paul II ! On n'en finit plus d'écrire sur ce Pape hors du commun, sur cet homme déjà inscrit dans l'histoire. Et avec raison.

Bernard Lecomte n'est pas le dernier venu. Il est spécialiste de l'Europe de l'Est et du Vatican. Il a été journaliste à La Croix, grand reporter à l'Expresse et rédacteur en chef du Figaro Magazine. Il était tout désigné pour écrire cette nouvelle biographie du Pape actuel. Il le fait bien et il le fait longuement : 637 pages de texte imprimées en caractères fins, qui rendent la lecture plus difficile, du moins pour les yeux plutôt âgés.

Mais le livre est passionnant à lire : dans une première partie (le tiers du livre), il retrace la vie de Karol Wojtyla jusqu'au jour où il fut élu Pape, et, dans une deuxième, il décrit l'oeuvre immense de Jean-Paul II. La simple énumération des titres des chapitres donne une idée et de l'ouvrage de Lecomte et de la vie de cet homme extraordinaire. Première partie : les racines, le temps des copains, « bruits de bottes », la Pologne occupée, la vocation, l'abbé Karol, les jeunes et l'amour, poète et professeur, le Concile Vatican II, archevêque de Cracovie, le cardinal Wojtyla, les années Gierek, sur les pas de Paul VI, « Habemus Papam ». Deuxième partie : une journée dans la vie du Pape, le « sportif de Dieu », l'épopée polonaise, la fin du communisme, « une main a tiré... », politiquement inclassable, le monde est sa paroisse, une certaine idée de la France, le gouvernement de l'Église, l'unité du troupeau, hors de l'Église..., l'ami des Juifs, la lutte pour la vie, une Église à l'ancienne? de Galilée à Internet, le IIIe millénaire. Et Lecomte tire une conclusion : Un « signe de contradiction », un pontificat contrasté.

Un livre à lire par tous ceux qui aiment Jean-Paul II et qui aiment l'Église. Et par les autre aussi. Tous y trouveront amplement matière à réflexion et à édification.

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20 mars 2004

Journal de la dernière année

Henri J.M. NOUWEN, Journal de la dernière année, Bellarmin 2004, 315 p.

Le P. Nouwen est bien connu par ses nombreux écrits spirituels. Nous nous souvenons tous de la merveilleuse méditation qu'il nous a fournie dans Le retour de l'enfant prodigue, inspiré de la célèbre toile de Rembrandt.

Un an avant sa mort, le Père, qui agissait comme aumônier du Foyer DayBreak de l'Arche de Jean Vanier, à Toronto, est invité, et par l'Arche et par ses Supérieurs Jésuites, à prendre une année sabbatique. Il en profite pour écrire son journal. À ce moment, il ne se doute pas que ce sera sa dernière année de vie. En fait, il mourra neuf jours après avoir repris le boulot à Daybreak.

Le journal est empreint de sincérité, de transparence, d'auto-examen. Il brille de louange au Seigneur. Il n'évite pas les difficultés de la vie du Père. Il montre comment cet homme de désir a été tiraillé par une volonté d'aller toujours de l'avant dans ses projets, dans la perfection chrétienne, dans la sainteté, en même temps que par des angoisses profondes, des sentiments d'insatisfaction mortifères, des blessures largement imprimées dans son affectivité et qui se traduisaient par une faim insatiable d'amitié et d'affection avec tout ce que cette faim comporte de plus et de moins.

Le Père avait des amis partout dans le monde et il ne pouvait résister à l'envie de les visiter ou encore de répondre à une invitation que l'un ou l'autre lui faisait, ce qui a fait qu'il était pratiquement toujours sur la route. C'est absolument incroyable le nombre de voyages à travers les États-Unis, à Toronto, et outre-Atlantique qu'il a faits durant son année sabbatique. En fait, son sabbat, s'il l'a quelque peu éloigné de son travail pastoral à l'Arche de Toronto, a été un long voyage d'amitié, une perpétuelle recherche de temps pour écrire et un approfondissement de la vie spirituelle, la sienne et celle des autres. Pas étonnant qu'il écrive régulièrement qu'il est fatigué, épuisé, et qu'il veut dormir.

La vérité de son journal fait qu'il se lit presque sans arrêt tellement l'intérêt est soutenu. Quand on lit ce qu'il y a de plus profond dans le coeur d'une personne, ses joies et ses peines, sa foi et ses doutes, sa paix et ses angoisses, sa piété centrée sur l'Eucharistie et la Parole, on s'y reconnaît toujours plus ou moins et on se passionne pour la personne et pour ce qu'elle vit.

À son ami Jim qui lui demandait ce qui était le plus important dans sa vie, Nouwen a répondu : « Trois choses : vivre sous l'inspiration de l'Évangile de Jésus; être proche des pauvres, des personnes handicapées, des malades et des mourants; et trouver une manière de satisfaire mon besoin très profond d'intimité et d'affection. » Et, à ses funérailles, Jean Vanier a dit de lui : « Son angoisse a alimenté son génie. » Je crois que ces deux phrases résument très bien la vie et la personnalité de Henri Nouwen.

À lire absolument. Ce livre nous fait du bien parce qu'il nous rapproche de Dieu et de la personne humaine également et qu'il nous fait découvrir que même nos blessures sont grâce.

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22 février 2004

L'avorton de Dieu, Une vie de saint Paul

Alain DECAUX, L'avorton de Dieu, Une vie de saint Paul, Perrin, Desclée de Brouwer 2003, 333 p.

Alain Decaux, auteur prolifique s'il en est un, a mis vingt ans pour écrire cette vie de saint Paul. Il a pris le temps et s'est donné la peine de refaire ses voyages, de consulter les spécialistes de l'Apôtre, d'entrer dans sa peau presque. Cette recherche, ajoutée à ses dons d'écrivain, a donné un livre fort bien documenté en plus d'être agréable à lire.

L'auteur nous dépeint Paul comme un homme passionné de Dieu et des gens, engagé fortement dans l'évangélisation des non-Juifs, ardent et tenace, courageux et fougueux à l'occasion. Ce tempérament entier était taillé sur mesure pour accomplir l'immense tâche à laquelle le Seigneur l'a appelé.

Avec Decaux, nous pénétrons le coeur de cet Apôtre, nous le découvrons bien vivant et bien vibrant et ses lettres ne deviennent plus simplement des pièces de littérature chrétienne ou des exposés spirituels, théologiques ou pastoraux. Elles deviennent de véritables expressions de son coeur d'homme, de chrétien et de missionnaire de l'Évangile.

Si l'on veut connaître saint Paul autrement qu'à travers ses écrits et les Actes des Apôtres, il faut lire ce Decaux qui le fait revivre sous nos yeux émerveillés

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22 novembre 2003

Paul de Tarse

Daniel MARGUERAT, Paul de Tarse, Un homme aux prises avec Dieu, Éditions du Moulin 2003, 109 pages

Daniel Marguerat est considéré actuellement comme l'un des meilleurs exégètes de saint Paul. Issu de la grande tradition protestante, il puise dans les écrits et le ministère de l'Apôtre un enseignement à la fois profond et simple.

Professeur de Nouveau Testament à l'Université de Lausanne (Suisse), il traduit, dans ce petit livre, son savoir scientifique en un langage accessible à tous. Il nous présente Paul comme un citoyen du monde et comme un persécuteur converti. Il s'interroge pour savoir si Paul était vraiment un apôtre contre les femmes. Il explore la pensée de Paul sur le destin d'Israël dans le plan de salut, sur le sens communautaire et sur sa relation à Jésus.

Livre petit par le nombre de pages mais grand par son contenu fort éclairant.

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1er novembre 2003

La Réconciliation

avec soi-même et avec les autres

Anselm GRÜN, La réconciliation avec soi-même et avec les autres, Médiaspaul 2002, 63 p.

Ce petit livre n'est petit qu'en apparence. Son auteur, un moine allemand grand praticien du sacrement de la réconciliation et grand connaisseur du psychanalyste Jung, nous donne ici une réflexion renouvelée sur le sacrement du pardon mais principalement sur la réconciliation avec soi-même, avec les autres et aussi avec Dieu.

L'auteur a divisé son livre en trois parties : 1- Pour comprendre le sacrement de la réconciliation; 2- Le rite du sacrement; 3- Vivre réconcilié.

Dans la première partie, il commence par définir les mots usuels (pénitence, pardon, réconciliation, conversion, etc.); puis il fait une courte histoire, fort instructive, du sacrement de pénitence; ensuite il parle de la confession de dévotion et de la direction spirituelle; il se demande si la confession est une obligation, un devoir ou un droit; il signale que, s'il y a la confession aux prêtres, il y a aussi la confession aux laïcs (à la communauté); il développe ensuite, principalement avec Jung, la distinction entre culpabilité et sentiment de culpabilité, la question du mal et ce qu'il appelle « ni accuser, ni excuser »; enfin il décrit « la parole libératrice ».

Dans la seconde partie, il présente une pratique renouvelée du rite du sacrement : l'accueil, l'examen de conscience, l'entretien, un programme d'exercices, assumer la responsabilité de ses fautes, l'absolution, reprendre sa route en faisant confiance à la miséricorde de Dieu.

Dans la troisième partie, il parle plus précisément de la réconciliation : se réconcilier avec soi-même, se réconcilier avec la communauté, se convertir et Jésus nous a donné une nouvelle image de Dieu.

Son livre est réaliste : il n'ignore pas la faute et il souhaite que le pécheur soit vrai face à lui-même. Mais il est résolument optimiste : la miséricorde de Dieu sera toujours plus grande que toutes nos bêtises. L'auteur aime Dieu mais il aime aussi la personne humaine, particulièrement les pécheurs : il souhaite qu'ils vivent en paix avec eux-mêmes, avec les autres et avec Dieu. Son livre est un grand livre qui remet les pendules à l'heure face à ce sacrement qui, présentement, tant du côté de la pratique de plusieurs que des directives récentes de Rome, subit des questionnements importants.

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février 2003

Chemin de contemplation

Éloi LECLERC, Chemin de contemplation, Desclée de Brouwer 1995, 131 p.

Éloi Leclerc est bien connu pour ses écrits sur saint François d'Assise. Et c'est avec une certaine surprise et une curiosité certaine que j'ai découvert et lu ce livre sur la contemplation.

Ce livre, il est vrai, s'ouvre et se ferme en évoquant la figure du Pauvre d'Assise : François, inutile de le prouver, fut un grand contemplatif de Dieu à travers la nature, les pauvres, ses frères et soeurs de communauté et son propre coeur.

Puis l'auteur nous fait suivre le grand et beau chemin de la contemplation de Dieu. D'abord en nous faisant découvrir que contempler Dieu c'est d'abord l'accueillir en soi en nous émerveillant autant qu'un amoureux devant sa bien-aimée. La contemplation est en effet le fruit de la beauté et de l'amour réunis. Puis il nous fait entrer dans le grand dessein de salut de Dieu sur l'humanité, dessein qui passe assurément par le Christ.

Petit livre qui se lit bien. Petit livre qui est le fruit certain de la propre contemplation du Frère Éloi... et qui pourrait petit à petit nous servir de guide pour notre propre contemplation.

À lire tout doucement.

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août 2001

Le retour de l'enfant prodigue

Henri NEUWEN, Le retour de l'enfant prodigue, Bellarmin 1995

Si parfois vous vous sentez criblés de fautes et que vous doutiez de la bonté du Père à vous pardonner, lisez ce livre. Il vous fera grand bien. Si parfois vous trouvez que votre vie est bonne et que vous éprouvez du ressentiment face aux «pécheurs» que l'Église ou Dieu accueillent trop facilement à votre goût, lisez ce livre. Il vous fera grand bien. Si parfois vous voulez tout simplement contempler l'amour fou, incroyable, total et inimaginable de Dieu pour les pécheurs que nous sommes tous, lisez ce livre. Il vous fera grand bien.

Le P. Neuwen fait une méditation belle et profonde, affectueuse et vivante, de la parabole du père aimant et de ses deux fils (Luc 15, 11-32). Il le fait en se basant, bien sûr, sur les études bibliques de ce passage évangélique. Mais il le fait surtout d'une manière originale: il s'appuie sur le célèbre tableau de Rembrandt intitulé justement «Le retour de l'enfant prodigue».

Son étude est lumineuse. Écrit dans un style simple et clair, ce livre est une petite perle d'espérance, de joie et de réconfort pour tous et particulièrement pour les personnes qui doutent de la bonté miséricordieuse de Dieu. Un beau cadeau à faire ou à se faire.

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